Petite réflexion sur l'origine des genres - Aujourd'hui : Le Policier

Le ROMAN POLICIER… ses origines ?

Même si les genres policier et SF ont longtemps passé pour de la sous ( ou para) littérature, même si leurs auteurs ( comme Conan Doyle ) ont parfois navigué entre deux eaux, les théoriciens de la SF ne sont pas ceux du polar.

Là encore, je ne vais pas mettre en doute les affirmations des spécialistes qui, à juste titre, jugent que le roman policier puise son origine dans « les récits à énigme ». Récits dont les premiers modèles semblent être le Double assassinat dans la rue Morgue ( d’Edgar Poe, 1841 ) ou Le mystère de la chambre jaune ( de Gaston Leroux, 1908 ).

Or, les premiers récits à énigme concernent souvent un meurtre « en chambre close » : à première vue, il paraît impossible que quiconque ait pu agir. C’est d’ailleurs le thème d’un autre récit fondateur, La lettre volée, ( du même Poe, avec le même enquêteur, 1844 ) où la preuve est – en apparence – introuvable. C’est le ressort récurrent de bien d’autres futurs classiques comme Les dix petits nègres ( d’Agatha Christie, ).

Si l’on veut définir le roman policier ( je ne parle pas du polar, avatar dont les origines sont à la fois plus floues et - paradoxalement - plus anciennes ) force est de passer par quelque chose comme : « récit dans lequel, à la suite d’un crime, une enquête aboutit à la découverte du coupable » On sait aussi que le genre policier, comme son nom l’indique, ne peut vraiment s’épanouir qu’avec la création ( relativement récente ) d’une police organisée, même si certains auteurs prennent des libertés avec l’Histoire.

Ma réflexion, peut-être moins fantaisiste qu’il n’y paraît, consiste à établir un lien entre le premier modèle du genre, Double assassinat dans la rue Morgue, et… La Vénus d’Ille !

La parenté semble lointaine et les deux genres ( policier et fantastique ) très différents.

Les points communs sont pourtant nombreux. Dans le texte de Mérimée, on trouve un meurtre, inexpliqué ! Et une enquête – certes, assez courte même si le narrateur agit dans les règles de l’art. Qu’on lise les dernières pages du récit : la description du cadavre est ( déjà ) digne d’Agatha Christie ou de Simenon. Il y a un témoignage doublé d’une accusation, ceux de la future mariée. Un témoin : un domestique. Un suspect : l’Aragonais offensé la veille, d’ailleurs vite disculpé. Le Procureur ( du roi ), qui clôt l’affaire sans qu’aucun coupable soit démasqué.

Jamais La Vénus d’Ille n’a été citée comme étant l’un des textes fondateurs du roman policier. Parce que l’enquête n’aboutit pas – ce qui est inadmissible. Ou plutôt, la seule conclusion suggérée au lecteur est que le meurtrier est… la statue. Ce qui classe définitivement ce récit dans le genre fantastique.

Pourtant, Prosper Mérimée frôle de près sans le soupçonner deux genres futurs promis à un brillant avenir : la SF et le Policier.

* La SF dans la mesure où, comme je l’affirme pour amuser mon public, il suffit de remplacer le mot statue ( ou Vénus ) par robot ( ou plutôt robote ) pour que le récit change de catégorie.

* Le policier dans la mesure où, en conclusion, à la place de cette Vénus fondue en cloche ( une cloche qui porte malheur puisque les vignes gèlent, c’est la dernière phrase du récit ), un vrai coupable en chair et en os pourrait être démasqué.