Le Blog de Christian Grenier, auteur jeunesse

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Lundi 26 juin 2017

Littérature jeunesse : La fabrique de la fiction, Philippe Clermont et Danièle Henky ( ... ), Peter Lang Edition

Cet essai universitaire se penche sur ce qu’Ismaïl Kadaré surnomme : « l’atelier de l’écrivain ». Autrement dit : Comment naît un récit destiné à la jeunesse ? Quelles sont les origines de ces fictions, les idées, la documentation, les étapes de l’élaboration d’un texte – ou d’un album ? Ses différents brouillons ? Ou encore, comme l’expliquent ses auteurs, quelles sont « les archives de l’œuvre de romanciers ou d’illustrateurs pour la jeunesse » ?

Bref, une dizaine d’universitaires tentent de « dévoiler tout ou partie du processus de création artistique, dans sa complexité, dans sa variété ».

Vaste programme, qui passe par une étude de l’adaptation de l’Odyssée d’Homère « pour la jeunesse », de l’utilisation de la documentation pour un récit historique, en passant par l’utilisation des jouets dans l’œuvre de Tomi Ungerer, le rôle de l’oralité dans les albums de Philippe Corentin, ou celui des images dans l’œuvre de François Place et d’Olivier Douzou.

Essai destiné aux spécialistes ?

Non ! Il touchera avant tout celles et ceux qui s’intéressent à la littérature jeunesse et s’interrogent sur les pratiques de leurs auteurs. Dans son introduction, Philippe Clermont nous rappelle ainsi que le mot brouillon ( qui date de 1551 ) vient du germain brod qui signifie… brouet, ou bouillon ! Eh oui : l’imaginaire de l’auteur ( pour la jeunesse) n’est rien d’autre qu’une soupe dans laquelle il patauge un certain temps avant d’en sélectionner, d’en perfectionner certains ingrédients pour proposer un mets raffiné et original – ce que Philippe Clermont appelle « une production restreinte », en opposition à la « grande production » ( lire : « ouvrage commercial » ).

Certains auteurs ( j’en fais partie, avouons-le ) ont été sollicités pour expliquer eux-mêmes la genèse de tel ou tel ouvrage : le point de départ, les brouillons, les renoncements, les modifications, suppressions, améliorations – mais aussi, de plus en plus souvent, les contraintes éditoriales susceptibles d’orienter le travail de l’auteur et de livrer une œuvre conforme à ce que l’éditeur ( ou le jeune public ? ) attend.

Cet ouvrage est passionnant à de nombreux titres, notamment grâce à la diversité de ses points de vue. En effet, les auteurs ( écrivains et illustrateurs : Anne Jonas, Sylvain Bourrières, Stéphane Frattini, Quentin Duckit, Françoise Raschmuhl, Paul d’Ivoi, Christian Poslaniec, Christian Grenier, Damien Chavanat, Jean Giono… ) sont interrogés, cités, commentés - et les origines et étapes de leurs oeuvres analysées – et disséquées !

D’Aragon ( qui assurait « découvrir son roman au fur et à mesure qu’il le composait » ) à Giono et à ses rituels ( l’écriture manuscrite lui conférait la même joie que le dessin – et il s’obligeait à… ne jamais écrire plus de trois pages par jour ! ), en passant par François Place, chez qui « l’image préexiste à tout récit », les pratiques et manies des auteurs sont ici passées au crible.

Lire un livre, c’est être assis dans la salle et assister à un spectacle.

La fabrique de la fiction vous fait pénétrer dans les coulisses de l’écriture, il s’attache à la fabrication des décors, aux processus de la mise en scène, aux accessoires… et nous propose d’assister aux répétitions qui précèdent… la publication !

Lu dans son unique version, un bel ouvrage relié, solide et élégant, comme seuls les Allemands osent encore le faire aujourd’hui.

Lundi 19 juin 2017

Echec et mat, Stephen Carter, Robert Laffont ( Best-Sellers )

Ce récit met en scène une famille de noirs devenus des notables respectés, dans un quartier où s’est rassemblée l’élite de « l’obscure nation », comme la surnomme le narrateur : Talkott Garland, dit Tal – ou encore Misha ( euh… oui, trois noms possibles, comma dans les grands romans russes ! )

Après la mort ( une crise cardiaque ? ) du sévère et probe juge Oliver Garland, ses trois enfants s’interrogent. Notamment Tal, dont la vie privée est en ce moment gâchée par les infidélités probables de sa femme Kimmer. La sœur de Tal, Mariah, est persuadée que leur père a été assassiné. Quant à l’aîné, Addison, il est trop égoïste et indifférent pour s’en inquiéter, d’autant qu’il vit loin de sa famille.

Très vite, Talkott est contacté par deux faux agents du FBI qui veulent absolument connaître « les dernières dispositions » du défunt. Sauf qu’il n’a rien laissé. Du moins en apparence.

Le juge Garland était un Républicain inconditionnel qui, quelques années avant de mourir, a été l’objet d’une méchante affaire. Les mystérieuses « dispositions » qu’il aurait laissées à son fils cadet, Talkott, ont sans doute un rapport avec ( chose difficile à admettre ! ) un écart que le juge a commis… ou peut-être en lien avec la mort accidentelle, trente ans auparavant, de sa fille cadette, Abby, tuée par un chauffard dont le juge a passé la moitié de sa vie à tenter de retrouver la trace…

Talkott trouvera-t-il la clé du mystère dans la maison ( de campagne ) de Vineyard, dont il a hérité ? Le prêtre qui a enterré le juge se fait assassiner quelques jours après la cérémonie… a-t-il emporté ce secret dans la tombe ?

Au cours d’une soirée arrosée, la séduisante cousine de Talkott lui révèle enfin qu’elle a surpris, vingt ans auparavant, l’un des faux agents du FBI ( oui : elle l’a reconnu ! ) en grande conversation avec leur père, à propos d’un désaccord avec l’Oncle Jack – un personnage louche que toute la famille a rejeté… Jack a d’ailleurs mis lui-même Talkott en garde.

Qui faut-il croire ?

Et quel est le lourd secret que le juge n’a pas eu le temps de transmettre ?

En 4ème de couverture, il est précisé que cette « saga foisonnante » (…) allie le sens du suspense d’un Grisham à la puissance romanesque d’un Tom Wolfe.

Pas d’accord.

Parce que John Grisham entraîne très vite son lecteur au moyen d’un style efficace et dépouillé. Or, l’écriture de Stephen Carter, recherchée, dense, est faite de digressions multiples qui permettent au lecteur de maîtriser peu à peu le caractère, la personnalité et le passé de chacun des personnages de son récit.

L’action ? Elle avance très lentement, diluée dans une somme impressionnante de descriptions et de ( passionnants ) retours en arrière. Et c’est surtout la qualité des portraits ( typiquement américains ) des nombreux personnages du récit qui pourrait rappeler Tom Wolfe ( il est vrai que je suis assez étranger à la « puissance romanesque » et, euh… à la personnalité de ce dernier auteur ! ).

Cette saga est avant tout le portrait d’une famille et d’une caste fermée : celle des « noirs qui ont réussi », vivant entre eux dans un quartier particulier qui possède ses règles propres.

Ce roman est une réussite littéraire. Gageure suprême : il est entièrement rédigé au présent et à la première personne – et je suis bien placé pour savoir que c’est une performance !

Son auteur, Stephen Carter, est lui-même noir, et professeur de droit, auteur de nombreux essais. Aussi, il décrit un milieu (des métiers, des quartiers, des personnages, des intérêts ) qu’il connaît comme sa poche, et qu’il égratigne à loisir. Il faudra s’habituer à la métaphore qui, chez le narrateur, fait des Noirs « l’obscure nation » et des Blancs « la pâle nation ».

Nul doute que le héros, Talkott ( républicain, très croyant et mari fidèle ), est un double à peine déguisé de l’auteur – même si le récit est imaginaire !

Chez Grisham, on n’imagine pas des phrases longues d’une page – et le roman en comporte près de 700, d’une densité impressionnante. Quant aux révélations, elles sont diluées et n’éclaircissent la lecture qu’au bout… de quelques centaines de pages !

Aussi, pour ne pas perdre le fil, je recommande aux futurs lecteurs ( entraînés, c’est nécessaire ! ) d’Echec et Mat de…

  • s’armer de patience.

  • noter au fil du récit le nom et les caractéritiques ( parenté, métier, etc. ) des personnages qui apparaissent un à un – comme chez Ken Follett, ils sont nombreux !

  • avoir des connaissances basiques dans le domaine des échecs

  • consacrer trois heures par jour à ce récit, de façon continue – bref, de prévoir une grosse semaine, voire davantage, pour ce thriller intimiste qui le mérite… et se mérite !

Lu dans sa version grand format, un magnifique ( et fort épais ) ouvrage avec une couverture… en noir et blanc, c’est symbolique, et important.

Jeudi 08 juin 2017

Questions de Camille Boulai sur l'uchronie ( Deuxième et dernière partie )

Récemment, dans le cadre de son travail et de ses recherches, une jeune doctorante m’a posé plusieurs questions sur l’uchronie. Voici la deuxième et dernière partie de cette interview.

Aviez-vous écrit d’autres uchronies par le passé ?

 Oui. A seize ans, j’ai même écrit une nouvelle uchronique sans le savoir !

Publié, j’ai écrit des romans mais aussi des nouvelles uchroniques – je pense notamment à « L’Australie, c’est une autre histoire », un texte dans lequel je me contente de pointer une divergence particulière : nous sommes en août 1770, tout près des côtes d’un continent inconnu que vont aborder presque en même temps James Cook ( un Anglais ) et Bougainville ( un Français ). Cook, on le sait, a abordé l’Australie peu de temps avant Bougainville. Eh bien j’imagine qu’un envoyé ( anglais ) venu du futur convainc Cook de doubler Bougainville, ce qu’il va faire… et c’est le présent dans lequel nous sommes. Je suggère donc au lecteur que dans le passé, c’est Bougainville qui aurait dû aborder l’Australie en premier – et que nous vivons dans un présent qui a été modifié par les Anglais. En réalité, l’Australie aurait dû être française… ce qui aurait sans doute bouleversé l’Histoire – et pas seulement celle de l’Australie !

Trouvez-vous que l’uchronie a sa propre utilité ou, au contraire, que son invention n’est qu’une fantaisie ?

L’uchronie est un genre important et son objectif est très particulier : il est historique, social et philosophique. C’est une réflexion sur le sens de l’histoire, de la société, de la vie...

Qu’aimez-vous dans l’uchronie que vous ne retrouvez pas dans d’autres sous genre de la SF ? Quels sont pour vous les atouts de l’uchronie ?

Certes, c’est une fantaisie – mais la SF est elle aussi une fantaisie, une invention, une fiction. Le terme de fantaisie prête à confusion. L’uchronie n’a rien à voir avec la fantasy. C’est une variation, un décalage avec la réalité ( historique ) qui propose une réflexion au lecteur. L’un de ses atouts est de le familiariser avec la période concernée. Un autre est de susciter chez lui des questions concernant la responsabilité de nos actes, et de rêver ( ou de réfléchir ) sur tous les présents auxquels nous avons échappé !

Que vous a apporté le fait d’écrire une uchronie ? (une réflexion sur le temps,…)

 Oui, je viens justement de le dire : faire partager une réflexion sur la responsabilité de nos actes, et sur l’enchaînement des faits à partir d’un décalage. A cet égard, l’uchronie répond tout à fait à ma définition de la SF : décalage avec le réel, logique et rigueur dans l’enchaînement des faits et style réaliste.

Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui voudrait s’initier à l’uchronie ?

Des conseils ? En voici quelques uns :

  • se procurer et lire le passionnant ( et très complet ) essai d’Eric B. Henriet : L’Histoire revisitée, panorama de l’uchronie sous toutes ses formes ( Editions Encrage, 2004 )

  • lire plusieurs uchronies, d’auteurs différents, avec des points de divergence variés.

  • commencer peut-être par lire le roman de Pierre Bordage Ceux qui sauront (collection Ukronie, chez Flammarion ! ), dans lequel il imagine que la révolution française n’a pas eu lieu et que la France est toujours une monarchie.

  • s’il veut en écrire une, choisir un point de divergence original

  • et surtout se documenter très sérieusement sur le plan historique. L’uchronie est avant tout une affaire d’historien et de sociologue. C’est un genre difficile, exigeant.

Est ce plus difficile ou plus facile d’écrire une uchronie, par rapport à de la SF « classique » (société futuriste sans lien avec notre passé ou notre présent) ?

Je viens de l’affirmer : l’uchronie est un genre difficile, plus complexe que le roman policier classique. Au sein de la SF, c’est sans doute le plus ardu ! Ce qui est délicat à mettre en œuvre, c’est le tableau des sociétés ainsi modifiées : la politique, les technologies, les comportements, la morale – la religion !… Et plus on recule dans le temps, plus il faut réfléchir sur les conséquences ( multiples ! ) et sur les événements qui pourraient survenir en fonction de la modification d’origine : le point de divergence.

Pourquoi avoir choisi comme héroïne un personnage du quotidien, plutôt qu’une grande figure historique ?

Je l’ai expliqué précédemment : cela me semblait original. Et ma propre vie a été sans doute dictée par la rencontre de mon père avec une amie retrouvée par hasard. D’ailleurs, je suis étonné que vous ayez découvert que ces récits relevaient de l’uchronie  A part le film Smoking & no smoking ( que… je n’ai pas vu ! ), aucune œuvre d’uchronie individuelle n’a été réalisé – à ma connaissance du moins.

Pourquoi avoir choisi comme point de divergence le fait de rater ou pas un train ?

Qui n’a jamais raté un train ? Ce fait banal peut se révéler un point de divergence important. Rater un train ( un bus, un métro ), ça peut arriver ( et ça arrive ) à tout le monde. Parfois, la conséquence, c’est d’échouer à un examen, d’être en retard à un rendez-vous important – avec un futur employeur, etc.

Il est arrivé qu’un voyageur rate un avion et qu’il en soit très contrarié… jusqu’à ce qu’il apprenne que l’appareil a explosé en vol. S’il l’avait pris, il serait mort. J’ai choisi un train plutôt qu’un avion – mais d’autres choix auraient été possibles.

Pensez-vous vraiment qu’Emma aurait pu vivre ces vies si différentes ?

Bien sûr ! J’en suis certain. Mes récits sur les différents destins d’Emma me semblent d’ailleurs beaucoup plus pertinents et vraisemblables que certaines uchronies « historiques ». Notamment celles ( et il y en a plusieurs ! ) qui évoquent le fait qu’Hitler ne parvient pas au pouvoir. En réalité, Hitler ou pas, l’Europe était mûre pour un nouveau conflit ; l’antisémitisme y était généralisé dans les années trente ; et les conditions ( humiliantes ) du fameux traité de Versailles mettaient l’Allemagne dans une impasse. Les Allemands voulaient se venger de l’affront qui leur avait été fait, suite à leur défaite de 14/18.

Si Hitler n’avait pas pris le pouvoir, nul doute qu’une guerre mondiale aurait tout de même eu lieu – mais peut-être pas les terrifiants holocaustes que les nazis ont soigneusement mis en place. Rédiger une « uchronie individuelle », c’est prendre moins de risques sur le plan de la vraisemblance historique !

Si vous deviez écrire une autre uchronie, quel point de divergence choisiriez-vous ?

Il y a un an, j’ai bien failli écrire une uchronie à la demande de mon vieil ami Alain Grousset, pour sa fameuse collection Ukronie chez Flammarion – mais cette collection a rendu l’âme et mon projet a avorté.

Alain et moi en avions parlé ensemble : mon idée était d’écrire un récit qui se serait déroulé au début du XXIe siècle, dans le milieu religieux en général, et au Vatican en particulier, où il serait question d’élire… le premier pape mâle de tout le christianisme – le ( jeune ) héros de mon roman.

Mon point de divergence ? Il se serait situé deux mille ans en arrière. Il aurait été révélé au lecteur, en guise de préambule, avec ces deux simples lignes :

A minuit, dans l’étable où tous deux avaient trouvé refuge, Joseph tendit à Marie le bébé qu’elle venait de mettre au monde. Il lui annonça joyeusement : « C’est une fille ! »

Mardi 06 juin 2017

Questions de Camille Boulai sur l'uchronie ( Première partie )

Récemment, dans le cadre de son travail et de ses recherches, une jeune doctorante m’a posé plusieurs questions sur l’uchronie.

Les voici ( en deux parties ), suivies de mes réponses.

Comment définiriez-vous l’uchronie ?

Au sens propre, l’uchronie est « un temps qui n’existe pas » - mais à mes yeux, le terme définit plus précisément un récit qui se situe dans un présent différent parce qu’un événement du passé ne correspond pas à notre propre Histoire. Il faut savoir que le premier à s’être réellement penché sur ce genre littéraire est le Français Charles Renouvier… en 1876 !

En réalité, il existe de nombreuses « variations uchroniques ». De nombreux récits mettent en scène des explorations du passé, à l’aide ou non d’une « machine à explorer le temps » - ils frôlent l’uchronie sans l’aborder de front. Certains récits de SF, par exemple, mettent en scène des héros qui modifient le passé ( en tuant Adolf Hitler, en faisant gagner la bataille d’Alésia à Vercingétorix, etc. ) mais ces romans passent en général sous silence les conséquences de cette modification. Et quand j’évoque « un présent différent », je pourrais conjuguer l’expression au futur…

En effet, certains romans de SF se situent dans un futur uchronique, dans la mesure où le récit suggère qu’un vieux fait historique n’est pas conforme à notre histoire. C’est le cas, par exemple, de ma série Aïna, fille des étoiles : le récit se déroule en 2 222, mais sur une trame temporelle différente puisque Jeanne d’Arc ( on l’apprend dans le volume 4 ! ) a été tuée au siège d’Orléans, ce qui a bouleversé toute l’histoire de l’Europe et du monde depuis… le 8 mai 1429. Dans la réalité, elle a seulement été blessée à l’épaule. Mais j’imagine que la flèche a atteint son but – et ça change toute l’Histoire : Charles VII n’est plus sacré à Reims, etc.

De même, lors d’un entretien privé ( en l’an 2 000, au salon Etonnants Voyageurs de St Malo ) avec Philip Pullman, l’auteur des Royaumes du nord, je lui ai demandé si sa trilogie ( il était en train de rédiger le 3ème et dernier volet, Le Miroir d’ambre ) relevait moins de la fantasy que de la SF. Etonné, il m’a demandé ( en anglais, il ne parle pas français ) ce qui me faisait croire ça. « C’est même une uchronie ! lui ai-je affirmé. Votre point de divergence est discret, mais je l’ai repéré, il se situe vers 1880. Tout ce qui se passe avant est conforme à notre histoire. Et à partir de là ;, tout bascule. » « Vous avez raison ! m’a-t-il confié. Mais ne l’ébruitez pas trop. Ne dites surtout pas que ma trilogie relève de la science-fiction ! » Il y a donc dans la littérature… des uchronies qui se cachent !

En 1955, l’Américain Poul Anderson a publié quatre nouvelles dans lesquelles il imaginait qu’une Patrouille du Temps se déplace dans le passé pour « rectifier les modifications » que des pirates temporels créent dans l’Histoire : ces policiers du temps visitent en effet des trames temporelles différentes et tentent de découvrir le moment précis du fameux « point de divergence » ( l’assassinat d’Hitler dans son berceau en 1889 ! ) Ces trames, abordées par les patrouilleurs, sont autant de « mini-uchronies ».

Au cinéma, le film Nimitz, retour vers l’enfer ( 1980 ) met en scène, dans notre présent, un porte-avion américain qui est soudain victime d’un ( mystérieux ) orage magnétique… il se retrouve projeté le 7 décembre 1941, jour de l’attaque de Pearl Harbor ! La question se pose à l’équipage : faut-il contrer l’attaque des avions japonais - avec les moyens du porte-avion, ce serait facile, et la victoire deviendrait américaine… mais cela modifierait l’Histoire ! Si le fait est évoqué par les responsables militaires du navire, il n’est pas traité puisque le navire revient dans le présent sans que les marins aient pu intervenir. C’est une… uchronie avortée !

Je pourrais ainsi multiplier les exemples de ces récits qui abordent l’uchronie sans la traiter vraiment : voir la définition que je livre dès le départ !

Quelle est pour vous la place de l’uchronie dans la SF ? (un genre à part entière ou seulement un sous genre ?)

De même que le space opera, l’uchronie est un genre à part entière… mais il fait partie intégrante de la SF et de ce qu’on appelle, entre spécialistes « la littérature conjecturale ». Si l’on veut classer l’uchronie, c’est donc un sous-genre. Mais le roman policier, le roman historique, le fantastique, le merveilleux et la SF sont eux aussi des sous-genres par rapport au genre romanesque ( ou disons la fiction ) en général.

Comment expliquez-vous le fait que l’uchronie soit très décriée en France ? Il n’y a notamment aucun prix public pour les auteurs d’uchronies !

L’uchronie n’est pas décriée, elle est simplement mal connue parce qu’il y en a peu.

En réalité, les amateurs de SF connaissent très bien l’uchronie ; mais le grand public, lui, ignorait encore le genre ( et… les « sous-genres » de la SF ! ) il y a 20 ou 30 ans. Ce genre a été popularisé depuis peu, par les auteurs de littérature générale. Notamment par Eric-Emmanuel Schmitt, en 2001, avec La part de l’autre, un récit dans lequel l’auteur imagine que le 8 octobre 1908, le jeune Adolf Hitler ( à 19 ans ) est accepté à l’école des Beaux Arts de Vienne ( en réalité, il a été recalé ). L’auteur suggère ainsi que le futur dictateur potentiel devient un artiste… ce qui modifie beaucoup de choses !

Le grand public a découvert l’uchronie avec son intrusion discrète dans la littérature générale, Schmitt n’est pas le seul à s’y être essayé ! Chez Flammarion, une collection pour la jeunesse a même été crée en 2008 : Ukronie. Hélas, le public n’a pas été au rendez-vous, les ventes ont été trop faibles et la collection a vite disparu.

Pour qu’un prix soit créé, il faudrait qu’il y ait plusieurs dizaines de romans uchroniques publiés dans l’année pour les mettre en concurrence. Et ce n’est pas le cas.

Comment avez-vous découvert l’uchronie ? Quel est le roman ou la nouvelle uchronique que vous préférez ?

J’ai découvert l’uchronie avec un récit peu connu, publié chez Marabout : De peur que les ténèbres, de Sprague de Camp ( publié en 1939 ! ), l’histoire de Padway, un universitaire spécialiste des Saxons et des Ostrogoths… qui se trouve justement projeté dans le passé, en 535, au seins d’une société qu’il connaît bien, et dans laquelle il s’intègre sans mal : il parle la langue des Saxons, il connaît leurs coutumes, etc. Mais peu à peu, en les aidant à combattre leurs ennemis et en inventant l’imprimerie, le sémaphore et la poudre à canon… il comprend qu’il est en train de modifier l’Histoire !

L’uchronie que je considère comme un chef d’œuvre est Le Maître du Haut château, un roman de Philip K Dick – peut-être son meilleur livre. Ce n’est pas un choix très original, tous les amateurs de SF le confirmeront ! – mais l’ouvrage, lui, est très fort, et il offre une mise en abîme vertigineuse. Quant à mes nouvelles uchroniques préférées, elles ne font qu’effleurer ( c'est-à-dire créer ou… tenter de créer ) une uchronie. Mais ce sont des bijoux.

Dans la première, Un coup de tonnerre, Bradbury imagine qu’en retournant très loin dans le passé, au cours d’une chasse au tyrannosaure, le simple fait d’écraser un papillon fait revenir les chasseurs dans un présent légèrement différent de celui qu’ils ont quitté. Vertigineux !

Dans la seconde, hélas moins connue, Un assassin très comme il faut, le héros de Jim Ballard revient dans le passé pour sauver la vie de sa fiancée qui a été tuée dans un attentat visant le roi Georges – il espère ainsi rester dans cette nouvelle trame du futur pour vivre heureux avec celle qu’il aime. Hélas, en agissant, il comprend ( trop tard ) que… c’est lui-même qui est l’auteur de cet attentat, et qu’il a causé indirectement la mort de sa fiancée.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en écrire une ?

J’en ai écrit plusieurs ! Mon objectif, toujours, était de réfléchir sur les conséquences de nos actes : une décision, un geste, ( une parole parfois ! ) peut faire basculer à jamais le reste de notre existence. Dans la plupart des uchronies ( les miennes y compris ), le fameux « point de divergence » entraîne un bouleversement de toute la société. Or, pour ma série Avec un peu d’amour et beaucoup de chocolat, l’originalité du projet consistait à imaginer une « uchronie individuelle, personnelle » - en ratant ( ou pas ) son train, en aidant ( ou pas ) une vieille dame à monter sa valise dans le TGV, Emma va voir sa vie suivre un cours différent à chaque fois. De façon définitive. Dans ce nouveau cours, des événements imprévus et inédits vont survenir, concernant son grand-père ( il est cardiaque, il mourra de toute façon… mais pas au même moment ) et aussi ses parents ( qui divorceront… ou pas ). Sans nparler de sa vie professionnelle et sentimentale . Et cela, dans une logique narrative rigoureuse. 

Cette envie date de l’adolescence, un fait que je relate dans mon récit autobiographique L’Amour-Pirate : un jour d’octobre 1957, mon père a changé de trottoir et croisé, aussitôt après, une comédienne qu’il n’avait pas revue depuis plus de trente ans. Ils ont renoué ; elle lui a présenté son mari, et mes parents les ont fréquentés. Ce couple avait une filleule : ma future épouse. Si mon père n’avait pas changé de trottoir, je n’aurais jamais rencontré celle qui deviendrait ma femme. Il est probable que je ne serais jamais devenu enseignant… ni peut-être même écrivain !

A suivre ...

Mardi 23 mai 2017

Monsieur Origami, Jean-Marc Ceci, Gallimard NRF

L’histoire ?

C’est celle de Korigiku, parti du Japon pour arriver en Toscane où il va consacrer toute sa vie à faire pousser du kozo et du taroroaoi pour fabriquer du washi, un papier rare et précieux qui permet de confectionner des origamis.

Korigiku ( dit Monsieur Origami ) vit dans une ruine, face à une mine abandonnée.

Arrive un jour Kasparo, qui veut fabriquer une horloge capable de mesurer « toutes les mesures du temps ».

Euh… oui, c’est tout.

Récit ? Fable ? Conte philosophique ? 

Ce récit étrange, dépouillé à l’extrême, troublera le lecteur qui, à son gré, le jugera abscons et incompréhensible… ou énigmatique et passionnant.

Il y a certes dans Monsieur Origami de multiples métaphores, des vides à combler, des sens à déchiffrer… à l’image de cet art particulier qui consiste à plier une feuille – de deux façons : en creux ( « vallée » ) ou en haut ( « montagne » ) – feuille qui, une fois dépliée, révélera qu’elle a été « lue »…

C’est là un véritable OVNI littéraire qui passionnera les amateurs avides de déchiffrer des énigmes, et qui fera couler beaucoup d’encre – à tort ou à raison.

Des lecteurs et bibliothécaires enthousiastes, qui m’ont assuré que c’était là un chef d’œuvre absolu, m’ont fait acheter ( et dédicacer : « à CG, la rencontre de soi, le dépli de soi et l’amplitude du silence ) ce roman ( euh… récit ? ) qui a le mérite de se lire très vite malgré ses 168 pages. Ah… notons que le nombre de lignes par page est souvent réduit, d’autant plus qu’il faut attendre la page 15 pour commencer et que l’histoire s’achève page 158 ( avec 4 lignes ). La page 157, elle, comporte 2 lignes et demie. La page 156, 4 lignes aussi – mais 9 mots au total ( qui dit mieux ? )

Bref, à l’image de la musique minimaliste, c’est là un récit… minimaliste. L’amplitude des blancs est impressionnante, à l’image des peintures monochromes – aucun doute : ici, par rapport au noir des caractères, c’est le blanc, nettement, qui domine !

A vous de juger si le poids des mots a la valeur du livre ( 15 euros ) Pour le même prix, si vous êtes adeptes du zen, je vous recommande Je médite jour après jour de Christophe André, où le mode d’emploi est explicite !

Lu dans son unique version, la Blanche NRF.

CG

Lundi 15 mai 2017

Un brillant avenir, Catherine Cusset, Gallimard Folio

En 1943, en compagnie de son oncle, sa tante et sa grand-mère Bunica, la petite Elena ( 6 ans ) quitte la Bessarabie, ancienne province de Roumanie, pour fuir l’occupation soviétique. C’est le début d’une longue vie nomade qui la mènera de Aiud à Craiova et Bucarest.

Elena est adoptée par ses oncle et tante, qu’elle n’aime guère, et elle doit changer de nom. Elle entreprend des études scientifiques. A 22 ans, elle tombe amoureuse de Jabob, qui est juif. En dépit de l’opposition de ses parents, elle le fréquente et l’épouse.

Le couple, qui a un fils, Alexandru parvient à émigrer en Israël, où Elena devient Helen et décroche un poste dans l’énergie atomique. Mais le pays est en guerre – et elle craint pour l’avenir d’Alexandu, qui deviendra bientôt soldat. Une fois de plus, le couple repart, en Italie où ils décrocheront enfin leur visa pour les Etats-Unis…

Commence une nouvelle vie, jusqu’à ce que Alexandru tombe amoureux de Marie, une Française catholique et exilée. Les parents du jeune homme réprouvent cette union, car ils pensent que la jeune femme voudra retourner dans son pays natal, chez ses parents qui vivent en Bretagne – il est vrai que Marie y retourne chaque année pour ses congés.

Marie et Alexandru se marient, et ont un enfant à leur tour, la petite Camille…

Longtemps, Marie et Helen vont s’opposer, se détester… jusqu’à ce que Jabob tombe malade.

C’est d’ailleurs avec cette situation que commence le récit, en 2003…

Un brillant avenir a un titre trompeur.

Sans doute évoque-t-il l’avenir problématique d’une petite Elena chahutée et contrariée toute sa vie : elle change de pays ( long détour par la France, où Helen travaillera à Saclay ! ), de parents, de métiers, de nom et de prénom – ce qui ne l’empêchera pas de reproduire avec son fils les problèmes qu’elle a vécus.

Mais Un brillant avenir est aussi celui qu’Elena imagine pour son fils unique...

Deux faits particuliers : ce roman est :

1/ en réalité la biographie d’Helen – et l’hstoire des rapports qu’elle noue avec sa belle-fille Marie, rapports d’abord très tendus, une hostilité qu’elle croit partagée et qui s’achèvera avec une réconciliation apaisée.

2/ déconstruit : malgré ses quatre parties ( Fille, Amante, Epouse et mère, Veuve ) on passe sans cesse de 2003 à 1941, puis 1988, 1950, 1989-90, 2004-2006…

Les événements récents sont rédigés au présent, les plus anciens au passé. Et bien que Catherine Cusset ait opté pour le monologue indirect libre avec Elena/Helen comme héroïne, il arrive que la narratrice se mette dans la tête et la peau de Marie – qui souvent comprend mal l’hostilité de sa belle-mère.

Attention : ces remarques ne sont en rien un point négatif. Car le style de Catherine Cusset est d’une clarté, d’une vivacité, d’une densité qui rendent la lecture d’Un brillant avenir aussi passionnante qu’aisée. Le lecteur reconstitue d’autant plus facilement ce puzzle spatio-temporel qu’il lira sans doute ce roman d’une traite.

Jamais manichéen, ce récit offre une palette de personnages réalistes, attachants jusque dans leurs erreurs, leurs contradictions et leurs entêtements. Ce qui explique que ce roman ait été couronné en 2008 par le Prix Goncourt des lycées. C’est là un vrai récit d’apprentissage contemporain – avec en filigrane une réflexion permanente sur la notion de parenté, de passion contrariée et… d’immigration. Chacun des protagonistes de ce récit est un déraciné, autant en quête d’identité que d’un bonheur qui semble sans cesse fuir devant lui.

Lu dans sa version poche, 370 pages d’un ouvrage souple et pratique.

CG

Mardi 09 mai 2017

Darling Lilly, Michael Connelly, Le Seuil ( policiers )

Enfant, Henry Pierce a été traumatisé par le décès de sa sœur aînée Isabelle, un décès dont il se juge en partie responsable.

Aujourd’hui, à 40 ans, il est l’heureux fondateur d’une société, Amadéo Technologies, qui met au point les bases d’un futur ordinateur moléculaire, une technologie révolutionnaire destinée à remplacer nos machines actuelles.

Mais trois autres sociétés travaillent sur le même programme. Sauf que le sien, avec le récent projet ( ultra secret ) Protée, dont il doit déposer les brevets dans quelques jours, est en pointe. Et qu’Henry doit rencontrer lundi prochain sa future « baleine », c'est-à-dire le banquier qu’il veut convaincre de devenir son associé, et qui lui avancera les vingt milliards dont il a besoin pour progresser dans ses recherches.

Mais voilà : Henry est confronté à deux problèmes :

1/ sa collaboratrice ( devenue son amie intime ) Nicole James vient de se séparer de lui – à l’amiable, certes – et il a déménagé pour lui laisser l’appartement dans lequel ils vivaient ensemble depuis trois ans.

2/ dans l’appartement où il vient d’emménager ( avec un nouveau numéro de téléphone fixe ), des appels incessants le perturbent, qui réclament… une certaine Lilly.

Très vite, Henry comprend que Lilly est une call girl, qui travaille pour un site porno officiel et réputé. Il aimerait changer de numéro – mais il s’interroge : pourquoi cette Lilly a-t-elle conservé le sien ? Qui est-elle ? Euh… il se peut aussi que la beauté de cette prostituée ( car le site laisse un libre accès à sa photo ! ) ne laisse pas Henry indifférent.

Ses recherches l’entraînent à constater que Lilly a disparu. De façon suspecte.

Est-elle morte ? Où ? Comment ? Pourquoi ?

Il se lance dans une enquête solitaire qui va lui attirer… les pires ennuis.

Dès le départ, le récit alterne les problèmes professionnels ( et privés ) d’Henry avec sa quête : s’il veut retrouver Lilly et éventuellement la retirer d’un réseau de prostitution… c’est parce que sa sœur Isabelle en a été elle aussi autrefois la victime.

Aussi, le lecteur s’interroge : quel rapport peut-il exister entre cette mystérieuse Lilly, dont le sort obsède le héros, et son souci de déposer un brevet au plus vite et d’obtenir les fonds pour ses recherches ?

Bien sûr, il y en a un ! Ces deux fils sont reliés par un vilain nœud que le narrateur ( le récit est au style indirect libre ) mettra longtemps à découvrir et à démêler, après un tabassage en règle qui le défigurera et dont il mettra longtemps à se remettre.

Ce roman, qui ne met pas en scène l’inspecteur Hieronimus Bosch ( le héros récurrent de Michael Connelly ), est un modèle du genre.

D’abord, c’est un vrai roman policier : ce n’est que dans les toutes dernières pages que le problème est résolu et le coupable découvert ; or, les suspects ne manquent pas, entre les amis d’Henry, son ancienne maîtresse, ses collègues, sa secrétaire – et les personnages louches du réseau de prostitution qu’il finit par fréquenter pour les besoins de ses recherches !

Ensuite, c’est un récit très contemporain : j’ai moi-même, il y a dix ans, mis en scène ( dans Simulator ) le prototype de ces fameux « ordinateurs moléculaires » qui sont toujours à l’étude et tardent à envahir le marché. Michael Connelly évoque indirectement la question ; et si trop d’intérêts ( ceux de l’informatique traditionnelle ! ) étaient en jeu ?

C’est d’ailleurs là l’une des clés du récit !

Enfin, c’est un bouquin passionnant ! Et mon pâle résumé ne peut mettre en relief le suspens de cet ouvrage, bourré de vraies fausses pistes… ou de fausses vraies pistes. Eh oui, chaque détail, même le plus anecdotique, a ici son importance, depuis le « Lumière ! » ( un ordre vocal qui permet d’allumer ou d’éteindre le local de son propriétaire, grâce à un banal logiciel de reconnaissance vocale ) au fait qu’une place de parking n’est pas, ce jour-là, occupée par le véhicule qui devrait y être…

A mes yeux, Darling Lilly est aussi bien ficelé et aussi passionnant que les deux autres bijoux de Michaël Connelly : Le Poète et Créance de sang.

C’est là un polar magistral, exemplaire - un thriller technologique de haut vol !

Lu dans sa version d’origine, un superbe grand format dont la couverture représente… ce que le héros voit depuis la terrasse de son appartement : une grande roue illuminée à Santa Monica, une banlieue huppée de Los Angeles.

Mercredi 03 mai 2017

Le pirate de la Loire, Alain Grousset, Flammarion jeunesse

En 1750, Gusse, honnête et habile batelier sur la Loire, est assassiné par un inconnu pour une raison mystérieuse. Etienne, son fils de 17 ans, a assisté au meurtre. Il est résolu à reprendre le métier de son père – et surtout à retrouver l’assassin et découvrir les raisons pour lesquelles il a agi. Pour assurer le transport de marchandises sur la Loire depuis son village de Combleux jusqu’à Nantes, il embauche Paul, son meilleur ami, un ancien marin invalide ( Rit-Court ) et Bérengère, une jeune fille intrépide. Au cours de son périple - et de son enquête – Etienne finira par croiser la route de celui qu’il recherche, un malfrat à la solde d’un noble qui se livre à… un très vilain trafic. Aussi, quand Etienne sera contacté par la police pour mettre fin aux agissements de ceux qui ont assassiné son père, il acceptera de devenir… pirate !

Ce roman d’aventures maritimes ( en eau douce ! ) se double d’un récit historique remarquablement documenté - et vivement mené. En effet, le lecteur est entraîné dans un véritable polar ( un assassinat, une prise d’otage, et quelques jolies scènes d’abordage ! ) mâtiné d’une touche d’espionnage. Et ce, au sein d’un décor riche de mille et un détails réalistes ! Il est d’ailleurs devenu rare, dans la littérature jeunesse contemporaine, de découvrir autant de mots nouveaux et de termes spécialisés. Eh oui, les éditeurs sont de plus en plus soucieux de livrer ( notamment pour les lecteurs de 10 ans ) des textes faciles d’accès, au vocabulaire le plus simplifié possible.

Or, l’abondance de vocabulaire de ce Pirate de la Loire ne gène en rien la lecture.

Et on a la surprise, au fil des pages, de découvrir les objets, les coutumes, les outils, la nourriture – bref, le quotidien du petit peuple des bords de Loire au cœur de la France profonde du XVIIIe siècle. Il y a dans ce récit trépidant un peu de Stevenson ( l’île au trésor ), un peu de Jean-François Parot ( les enquêtes de Nicolas Le Foch ) et même… une touche d’Anne et Serge Golon, avec une Bérengère dont la hardiesse rappelle celle d’une certaine Angélique !

Réputé pour ses ouvrages de SF destinés au jeune public, Alain Grousset aborde ici un genre dans lequel il avait fait ses premières armes avec Les mangeurs de châtaignes – ou plus récemment avec Brenn le Gaulois. Une veine qu’il semble pouvoir creuser à loisir pour le plus grand bonheur des jeunes lecteurs – et des profs d’histoire-géo !

Lu dans son unique version poche, beau papier et typographie aérée.

Lundi 24 avril 2017

POURQUOI  ÉCRIRE DE LA S-F ? Suite et fin...

Dans le cadre de ses recherches, une jeune doctorante, Amélie Rebours, m’a posé une série de question sur mon intérêt pour la science-fiction.

On trouvera ici ( la suite et la fin de ) mes réponses.

5) L’essor du numérique a-t-il directement influencé votre créativité, votre écriture ? ( sur les sujets à aborder par exemple )

C’est l’évidence. L’essor du numérique m’a influencé de deux façons :

1/ d’abord, en effet, en orientant la thématique de mes récits.

Mes romans policiers, à commencer par L’OrdinaTueur, n’existeraient pas sans l’informatique. Et mes nouvelles de SF ( Virtuel, attention Danger ! Allers simples pour le Futur ), ou mes romans de SF ( de La Musicienne de l’aube à Virus LIV 3 ou La mort des livres ) ont pour sujet l’essor du numérique, leurs prolongements ( les réseaux sociaux, les jeux, les mondes virtuels ), leurs limites, leurs dangers.

2/ Ensuite ma façon d’écrire.

Qu’on le veuille ou non, l’informatique a changé la donne : on n’écrit plus de la même façon depuis l’essor des nouvelles technologies : le cinéma, la télévision, les réseaux sociaux, les clips vidéo, la publicité, l’usage des ordinateurs, des smartphones, des tablettes – et les échanges au moyen du téléphone, des mails, des SMS, de Skype – j’en passe ! – tout cela contraint les écrivains à adopter de nouvelles stratégies et à adapter leur écriture à l’usage quotidien des nouvelles technologies !

6) Bien avant les années 2000, comment imaginiez-vous notre époque aujourd’hui ?

J’étais naïf – et convaincu que l’humanité s’orienterait vers un gouvernement mondial. Comme la plupart des auteurs de SF, je n’avais imaginé ni l’auto-destruction des blocs de l’est, ni l’essor d’Internet.

Dans Le Soleil va mourir, j’envisageais notre planète gouvernée par un « Conseil des Mille », un monde qui ne pensait plus en termes de nations ou d’intérêts particuliers, mais avec l’objectif de lutter contre la pauvreté, les injustices, les maladies – et de veiller à ce qu’aucun conflit ne dégénère. J’imaginais un collectivisme universel bienveillant et fraternel, une utopie avec un essor des technologies mises au service du bien-être général, et non des distractions et du confort individuel…

Nous sommes loin de mes rêves d’adolescent ! Certains se sont pourtant concrétisés : dans Aio, Terre invisible, une expédition spatiale réunit Américains, Soviétiques, Chinois et Français – c’était déjà une sorte d’ISS imaginée en… 1968.

7) Votre regard sur le futur a-t-il changé aujourd’hui ? Pourquoi ?

Bien sûr, il a changé !

Pourquoi ?

Parce que notre regard sur le futur change en fonction des événements et du présent.

Même si j’ai été, dans mes écrits de 16 ans, un précurseur dans le domaine de l’écologie, je n’avais pas imaginé ni prophétisé le réchauffement climatique. Encore moins le triomphe d’une économie de marché qui, en ce XXIe siècle, laisse un boulevard à une surconsommation programmée et, à terme, à de multiples problèmes dont nous ne pouvons, aujourd’hui, que constater les premier effets : accentuation des inégalités, revendications des pays émergents à la consommation ( et, dans quelques décennies, à leur simple survie ) pénurie d’eau potable, montée des eaux des océans, désertification, apparition de nouvelles maladies liées aux conséquences ( multiples et indirectes ) du réchauffement de la planète… la liste serait trop longue à énumérer.

Certains auteurs de SF ( Huxley, Orwell, Bradbury ) redoutaient que l’humanité ne s’enfonce dans certaines impasses : sélection génétique, surveillance de la population, mise sous influence permanente grâce à la « novlangue », recherche effrénée du plaisir immédiat, disparition du livre et de la culture...

Ces univers de cauchemar sont pourtant à notre porte, comme ils l’avaient prévu. Leurs avertissements étaient vains. C’est même pire que cela, car dans leurs dystopies, une frange de la population prenait conscience de l’aliénation générale… alors qu’aujourd’hui, cette aliénation est mieux que consentie ou acceptée : elle est réclamée !

On comprend que certains auteurs, dont je fais partie, soient parfois dépités ou amers. Mais toujours prêts à s’exprimer – et à s’indigner.

8) Comment imaginez vous notre futur ? Positivement, négativement ?

Nous sommes à la croisée des chemins. Le GIEC ( et certains économistes ) jugent que si des mesures drastiques ne sont pas prises avant 2030 pour limiter notre consommation ( notamment celle du CO 2 ), le réchauffement de la planète deviendra incontrôlable, comme je le suggère dans mon roman Cinq degrés de trop ( Rageot, 2006 ).

Mais le système économique mondial est un moteur plus puissant que la prise de conscience de la réalité climatique. Et les choix politiques mondiaux générés par notre… « démocratie » ( mais oui, Trump a été élu ! ) ne vont pas dans le sens du respect de l’environnement et du sort des générations futures.

Aujourd’hui, 62 personnes possèdent autant de richesses que la moitié de la population mondiale. Ces 62 personnes dirigent des multinationales dépendant les unes des autres et à l’origine de la destruction massive d’écosystèmes naturels et du réchauffement climatique.

Ces chiffres ne sont pas un scoop : ils sont livrés par Véronika Zarachowicz dans Télérama ( N° 3491, 10/16 décembre 2016 ). Un autre chiffre, livré par Le Point le 16/01/2017, révèle que « huit personnes détiennent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. »

Dans cinq ans, dans dix ans, combien seront-ils à avoir le sort du monde entre leurs mains – et à décider de changer le destin de la planète, et de l’humanité ?

Oui, mon regard sur le futur ne cesse de changer.

Et mon inquiétude de grandir.

Jeudi 20 avril 2017

POURQUOI  ÉCRIRE DE LA S-F ?

Dans le cadre de ses recherches, une jeune doctorante, Amélie Rebours, m’a posé une série de questions sur mon intérêt pour la science-fiction.

On trouvera ici ( le début de ) mes réponses.

1/ Pourquoi avez-vous commencé à écrire de la science-fiction en particulier ? (intérêt depuis tout petit, fascination autour du cinéma de SF…)

J’écris depuis mon plus jeune âge. Dans tous les domaines.

A 10 ans, abonné au magazine Tintin, j’ai été passionné par Objectif Lune et On a marché sur la Lune. Un an plus tard, j’ai découvert Jules Verne, Jack London, Edgar Poe et je me suis mis à écrire, sur des cahiers, des nouvelles fantastiques et des romans d’aventures sur le modèle de ces grands maîtres.

Le cinéma ? Certainement pas. J’y allais rarement.

Je fréquentais surtout le théâtre ( classique ! ) et Britannicus m’a beaucoup plus marqué que Planète Interdite – la SF, au cinéma, était d’ailleurs quasiment inexistante à la fin des années cinquante.

En 1957 ( j’avais 12 ans ) j’ai vécu en direct le lancement du premier Spoutnik, l’odyssée de Laïka, jusqu’au premier tour de la Terre en orbite de Gagarine, en 1961.

Si quelque chose m’a fasciné, ce sont les débuts de la conquête spatiale : je me suis construit une lunette astronomique, j’ai dévoré les magazines et ouvrages qui traitaient de l’univers ( L’Astronomie de Pierre Rousseau, venait de sortir au Livre de Poche ! ).

Certes, j’ai alors commencé à tâter de la SF dans mes écrits – mais pas que, comme on dit ! Marié, prof de Lettres, déjà politiquement engagé et soucieux du devenir de l’humanité ( le mot écologie n’était pas à la mode ), j’ai écrit ( toujours sur des cahiers ) en 1966 un roman policier puis, en 1967, un récit très inspiré du Nouveau Roman ; Nation Dauphine ) – sans jamais songer à proposer ces textes à un éditeur.

En 1968, ma femme m'a offert une machine à écrire. Pour la première fois, j'allais pouvoir taper mes textes ! Je venais de lire La nuit des temps de Barjavel. Mon épouse, qui connaissait mal la SF, avait été impressionnée par ce récit, dont la fin pessimiste l’avait bouleversée.

— Si c'est ça, la SF, m'a-t-elle dit, je n'en lirai plus jamais !

— Rassure-toi. Je vais t'écrire un roman de SF aussi beau que celui de Barjavel. Et il finira bien.

Je me suis mis au travail. Directement, en tapant sur le clavier de ma nouvelle machine. Les débuts ont été laborieux : chaque jour, en rentrant du collège où j'enseignais, je consacrais deux heures à l'écriture de mon roman.

Sept mois plus tard, je mettais un point final à Aïo, terre invisible. Il totalisait 700 pages, il était plus épais qu'une rame de papier !

Refusé par Hachette et accepté par Hatier, il est sorti dans une collection… pour jeunes adultes, la première collection de poche pour la jeunesse : Jeunesse Poche anticipation. J’étais surpris, mais pas du tout vexé.

La responsable, Tatiana Rageot, m’en a commandé un deuxième.

Le troisième, La Machination ( destiné au départ au même éditeur – donc toujours de la SF ), a décroché en 1972 le Prix ORTF ( Prix de la Radio et de la Télévision ).

J’étais devenu, malgré moi, « un auteur de science-fiction pour la jeunesse ».

Le hasard et la chance ont donc une grande place dans le fait que je me sois spécialisé dans la science-fiction, un genre que je n’ai cessé alors d’explorer et d’approfondir.

2) Sur quoi vous basez-vous pour vos récits ? (votre inspiration: événements actuels ? passés ? récits qui vous inspirent ? …)

L’actualité est sans doute ma première source d’inspiration. Je suis de près la marche du monde : les événements sociaux, politiques, économiques…

Je suis convaincu que les nouvelles technologies ne cessent de modifier nos comportements. Abonné à des magazines scientifiques, je fréquente des informaticiens, des physiciens, des astronomes, des climatologues… mais aussi des médecins et des policiers, moins en fonction de mes goûts ou du décor de mes récits… qu’au fil de mes rencontres dans les salons du livre.

Pendant vingt ans ( de 1970 à 1990 ), j’ai surtout livré des récits de SF.

Mais depuis, j’ai élargi ma palette, sans jamais perdre de vue, je crois, mes préoccupations sur l’avenir du monde et le sort de notre planète.

Certains de mes ouvrages puisent leur inspiration dans mon enfance ou mon adolescence. Mais ma propre vie n’est pas ( comme chez Proust, Pagnol ou Labro ) ma principale source d’inspiration. Mes récits historiques ( et mon intérêt pour la mythologie ) ont souvent pour sujet une découverte ou la personnalité d’un héros méconnu : Eratosthène, Anaxagore, Cyrano de Bergerac… Dans Pour l’amour de Vanille, je relate l’exploit d’un jeune esclave, Edmond Albius, qui parvint ( en 1841 ) à féconder les fleurs de vanille et à enrichir les colons de l’Ile de la Réunion ; dans Urgence, j’évoque le sauvetage, en septembre 1944, du premier jeune Français par la pénicilline.

Suis-je inspiré par mes lectures ? Oui, de gré ou de force !

En réalité, tout m’inspire : ma vie personnelle, mes souvenirs, les événements du quotidien et toutes les informations que je reçois, et j’en suis friand !

3) Dans quel but écrivez vous ces récits imaginaires ? (faire rêver, interpeller, prévenir, critiquer etc.)

Grave question, à laquelle il est difficile de répondre.

L’imaginaire est un art que l’on peut exploiter de mille façons : la peinture, la sculpture, la danse, la poésie, la fiction… Les mots m’ont toujours fasciné – sans doute l’influence du théâtre, un milieu qui m’a profondément marqué. Et je crois que les mots ont le pouvoir de modifier le comportement des hommes : ils transmettent de l’information, du savoir, mais aussi du rêve. Et les récits de fiction ont cette capacité de faire vivre au lecteur mille vies différentes, de le placer dans des situations inédites, de le questionner.

Alors oui, j’écris sûrement pour faire rêver, pour interpeller, pour critiquer nos comportements, notre société, et faire réfléchir le lecteur sur notre place au sein de l’univers, sur notre responsabilité collective face à l’avenir d’une espèce exceptionnelle ( la nôtre ) qui gaspille ses compétences au lieu de les mettre au service d’un futur qui devient de plus en plus problématique.

Pourquoi écrit-on ? Il serait intéressant de poser la question aux écrivains. Leurs réponses seraient sans doute très différentes les unes des autres.

Ecrire est devenu pour moi depuis… 65 ans, un besoin, une forme de drogue. J’aime citer la réponse de Jules Renard : Ecrire est une façon de parler sans être interrompu.

4) Êtes-vous en train d’écrire un nouveau livre ?

- Si oui, quel en est son sujet, son thème, sa problématique ?

- Si non, sur quel sujet aimeriez-vous écrire aujourd’hui ?

J’ai plusieurs réponses à cette question :

Le 2 mai prochain sortira Jumelles en détresse, un petit roman policier destiné aux enfants.

En août 2017 devrait paraître une nouvelle enquête de « Logicielle », l’héroïne de mes romans policiers, dans la collection Heure Noire.

Son sujet ? Sa problématique ? Eh bien j’imagine que dans un futur proche, les nouveaux propriétaires de Google recruteront d’une façon très particulière de jeunes surdoués destinés à être les modèles d’une humanité future – un projet très concret puisque c’est celui du transhumanisme. Ce récit correspond, on l’aura compris, à mes vieilles préoccupations… mais ces thèmes ne sont pas ceux que le public affectionne.

Et les éditeurs, aujourd’hui, ont une priorité : survivre, donc publier des récits que le public semble attendre ou apprécier. L’objectif d’un écrivain authentique est souvent différent : aller au bout d’un récit qu’il mûrit, rumine, et dans lequel il exprime des convictions profondes ou une vision qu’il aimerait faire partager.

La suite des réponses à ce questionnaire… la semaine prochaine !

Lundi 10 avril 2017

Les passants de Lisbonne, Philippe Besson, Julliard

A Lisbonne, Hélène « tue le temps », assise dans le jardin intérieur d’un hôtel.

Mathieu, qui séjourne dans le même hôtel, est intrigué par cette inconnue à l’air absent et triste. Il l’aborde sans détour, la questionne.

Et elle répond : son mari Vincent a été porté disparu lors d’un récent tremblement de terre à San Francisco. Est-il mort ? Oui, sans doute, mais on n’a pas retrouvé son corps. Elle vit un deuil improbable, à la fois interminable et incertain.

Interrogé, Mathieu doit aussi révéler sa présence ici : homosexuel ( encore qu’il soit bi quand la fille est jolie ), il a été plaqué par son ami Diego ici-même, à Lisbonne – alors qu’il jugeait leur passion durable et partagée. De confidence en confession, de réminiscence en souvenir, Hélène et Mathieu se racontent l’histoire de l’homme qu’il ( ou elle ) aime, dont le manque se fait cruellement sentir. Deux douleurs différentes mais pleines de points communs.

Hélène est fidèle et matinale ; Mathieu, qui vit de façon débauchée, fréquente les bars gays, et c’est un couche tard. Ils se rendent au port, au cimetière – et bientôt, à la demande d’Hélène, dans les fêtes nocturnes où Vincent trompe sa solitude chaque nuit...

Au fond, y a-t-il une histoire ?

Non, sauf peut-être un petit coup de théâtre final. Ces passants ne font pas que passer : ils sont tous deux en transit, cet hôtel est une gare dans laquelle existent peut être la possibilité de nouveaux départs. Hélène aime encore Vincent, un architecte ( paradoxalement ) écrasé sous un immeuble ; et Mathieu aime encore Diego, il ne couche et drague que pour compenser un manque. Hélène et lui ne seront jamais amants ; mais ils partageront leur mélancolie, leurs regrets, leur douleur. Avec une pudeur à laquelle s’ajoute peu à peu une forme inconnue de tendresse complice.

Aussi, Philippe Besson, dans ce court ( 200 pages ) récit, n’a pas d’autre ambition que de conter par le menu les intermittences ( ou les fidélités ) du coeur, chères à Proust, avec un décor particulier ( cher à Pessoa ! )  : celui de Lisbonne qui, comme San Francisco, est un port – une ville qui, autrefois, a aussi été victime d’un tremblement de terre.

Ces tremblements de l’âme et du cœur, l’auteur parvient à les faire ressentir à son lecteur au moyen d’un style à la fois simple et fluide, où chaque détail fait mouche.

C’est là un roman intimiste, délicat, dont on sort troublé, charmé, interpellé – mais pas indemne, bien qu’il ne réserve aucune vraie surprise.

Lu dans son unique version, un très beau moyen format agrémenté d’une couverture noire et jaune.

Lundi 03 avril 2017

Et Dieu dans tout ça ?, Marie Desplechin,L’Ecole des Loisirs ( Neuf )

A l’école, Henri ( il est en CM2 ) n’est pas un aigle. Bien que séparés, ses parents sont toujours d’accord pour lui reprocher son manque d’ardeur au travail.

Ce qui passionne Henri, ce sont les dinosaures et le big bang. Mais il se demande tout à coup si Dieu ne pourrait pas lui donner un coup de main. Il interroge alors sa mère ( qui y croit un peu ), son père ( qui n’y croit pas du tout ), sa grand-mère ( qui y croit beaucoup ! ) et son grand-père, à l’occasion de vacances forcées à Lille.

A tout hasard, Henri se met à prier, sans que ses résultats s’améliorent. Dieu refuse-t-il de lui venir en aide ? Son grand-père lui explique que c’est plus compliqué que ça…

Et le jour où il rend une rédaction dans laquelle il imagine qu’un ange atterrit dans sa chambre, la maîtresse, Mme Ablette, lui demande de préparer un exposé sur Dieu. Un exposé ? Henri panique… mais heureusement, l’oncle Alfred arrive, prêt à donner un coup de main à son neveu… même si Alfred, lui, est athée !

Depuis longtemps, j’affirme que dans la littérature jeunesse, certains sujets sont tabou – oh, pas l’amour ni le sexe, mais la religion, le monde du travail, ce genre de choses...

Voilà pourquoi ce petit roman a attiré mon attention – euh… et aussi parce que je connais ( et que je suis le travail de ) Marie Desplechin depuis 25 ans ! Il fallait avoir un certain toupet pour aborder ( et pour les plus jeunes ! ) le problème de front : Dieu existe-t-il ? Faut-il y croire ? A quoi ça sert ? Au fait, les gens croient-ils tous au même Dieu ?

Plus culotté encore : le sujet est traité avec légèreté et humour, à la première personne, avec le ton d’un gamin qui dit les choses comme il les pense : nul doute que l’ouvrage, récréatif et pas didactique pour deux sous, sera lu facilement par les 9/10 ans, qui se reconnaîtront souvent dans le portrait que le narrateur fait de lui-même ! L’air de rien, le lecteur apprend beaucoup de choses.

Ah oui, vous allez me demander : est-ce un livre engagé ? Catholique ? Libre penseur ?

Non : c’est un récit utile, à la fois grave et drôle, simple mais pas du tout simpliste.

Comme l’affirme ( page 125 ) l’oncle Alfred à son neveu : « Un gros malin a écrit un jour que Dieu était une mauvaise réponse, mais une bonne question. »

Petit PS : le tome 1 du Journal d’Aurore ( du même auteur ), Jamais contente, vient d’être porté à l’écran.

Lu dans son unique version, la « Blanche » de l’Ecole des loisirs, moyen format, papier épais, grosse typographie – et un magnifique dessin de Gotlieb en couverture !

Lundi 27 mars 2017

Et si.. demain, Michel Piquemal, Le Muscadier

Et si demain…

  • les descendants des « authentiques Sapiens » refusaient de s’unir aux bâtards : les humains ( nous, nos descendants naturels ! ) dans lesquels ont été détectés… des gènes de Néandertaliens ?

  • un savant parvenait à prouver que les animaux sont dotés de sensibilité, d’émotions, et qu’il est criminel de continuer à les tuer… et à les manger ?

  • on parvenait à éliminer de notre mémoire les souvenirs douloureux… ou simplement gênants ?

  • l’obsolescence programmée était une norme obligatoire, et que vouloir la supprimer devenait « un crime économique antisocial à caractère terroriste » ?

  • les maisons devenaient intelligentes au point de pouvoir décider de la vie et de la mort de leurs occupants ?

Ce recueil de petites nouvelles d’anticipation fourmille de grandes idées futuristes !

D’une plume vive et acerbe, Michel Piquemal imagine quelques futurs de notre société, des futurs rendus possibles grâce à nos technologies, et vraisemblables grâce aux conséquences ( prévisibles ) de notre société de consommation.

Chacun de ces ( courts ) récits est exemplaire ; chacun offre une réflexion pertinente, et peut devenir – en classe, par exemple - l’objet d’un débat passionnant.

Auteur reconnu, responsable de la collection « Carnets de sagesse » chez Albin Michel, Michel Piquemal nous offre ici un florilège de nouvelles de SF du meilleur cru : de la vraie dystopie, des textes de quelques pages que les jeunes ( et leurs aînés ! ) liront en riant, en souriant et en s’interrogeant souvent : ces futurs tour à tour baroques et terrifiants ne sont-ils pas déjà à notre porte ?

CG

Lundi 20 mars 2017

Nympheas noirs, Michel Bussi, Pocket

À Giverny a été assassiné Jérôme Morval, un riche ophtalmologiste, grand amateur des œuvres de Monet. Le jeune inspecteur Laurenç Sérénac enquête avec son adjoint Sylvio Bénavides. Laurenç est occitan, albigeois… et expert en art !

Bientôt, ils reçoivent cinq photos anonymes montrant la victime en compagnie de cinq jeunes femmes – sans doute les anciennes maîtresses de la victime. Interrogée, sa jeune veuve, Patricia, avoue connaître les liaisons extraconjugales de son mari. L’une d’elles, Stéphanie, l’institutrice du village, dont le mari est très jaloux, n’a pourtant jamais eu de liaison avec Jérôme Morval.

L’inspecteur Laurenç est très attiré par cette séduisante instit... Par chance, un indice va lui permettre de l’approcher de près : une carte d’anniversaire trouvée dans la poche de la victime, pour les 11 ans d’une enfant que les enquêteurs aimeraient identifier… Serait-ce Fanette, l’une des élèves du Cours Moyen, si douée pour la peinture qu’elle a participé au Prix de la Fondation ( américaine ) Théodore Robinson, un peintre qui a fréquenté Monet ?

Ce roman… « policier » ( il en a la structure ) a une grande qualité : il se lit facilement ;, et d’une traite – même si ses 500 pages auraient pu être, euh, réduites de moitié.

L’écriture de Michel Bussi séduit, son roman m’a d’ailleurs été offert par un inconditionnel de cet auteur très populaire. L’écrivain parvient à prendre sans cesse le lecteur par la main malgré la multiplicité des points de vue : celui d’une mystérieuse octogénaire, de l’inspecteur et de Fanette ! ).

Mon ( petit ) reproche récurrent, comme pour Un avion sans elle, du même auteur, concerne la façon qu’a michel Bussi de gagner du temps, de multiplier les détails, les descriptions et les digressions. C’est là un truc pour retenir sans cesse l’attention, mais il comporte un risque : celui d’agacer et de lasser.

Il faut par exemple attendre la page 195 pour qu’apparaisse tout à coup ( enfin ! ) le nom d’un personnage-clé : celui de Robert Roselbo, mort en 1937, à 11 ans, au même endroit et de la même façon que l’ophtalmologiste ; au bord du ru de Giverny.

Il faut aussi lire cinq longues pages ( 210 à 214 incluse ! ) pour attendre que succombe James, le peintre un peu fou qui encourage Fanette ; James est en réalité tué par une pierre en trois secondes. Son agonie est courte mais sa lecture est longue !

Il faut aussi attendre la page 300 pour connaître ( ou plutôt deviner ) l’identité de cette fameuse octogénaire qui soliloque depuis… la page 19 !

En réalité, Michel Bussi n’est pas dupe : il sait qu’il irrite son lecteur ! Il dit, ou fait dire à ses narrateurs successifs, à plusieurs reprises : « oui, je sais, vous vous impatientez, mais vous allez savoir, un peu de patience, je vais tout vous dire… »

Bref, il distille au compte-goutte les informations et les faits en interrompant sans cesse sa narration : des « blancs » sensés intriguer - mais un procédé qui finit par lasser.

Cependant, je me rends à l’évidence : tous ceux ( et toutes celles ) qui lisent Michel Bussi sont emballés et enthousiastes ! Nymphéas noirs n’a-t-il pas reçu 5 prix littéraires en 2011 ? N’est-il pas traduit en 20 langues ?

Certes, l’auteur connaît son sujet. Il aime et apprécie Monet. Il s’est beaucoup documenté. Et sur le plan des inventions métaphoriques, il n’a pas froid aux yeux. C’est imaginé, fleuri – mais décidément, pour une fois, entre la littérature et la peinture, Monet a ma préférence !

CG

Lundi 13 mars 2017

LA DEMOCRATIE… ET SES LIMITES ?

En cette période d’élections ( Brexit, Donald Trump, primaires de la droite et de la gauche, présidentielles, législatives ) je continue de m’interroger sur…la pertinence de la démocratie.

Eh oui, ce mode d’élection permet de mettre au pouvoir – aux USA, à titre d’exemple… – d’anciennes vedettes de cinéma ( Ronald Reagan ) de la téléréalité ( Donald Trump )… ou des professionnels de la politique ( les Kennedy, les Bush, les Clinton – ah non, on y a échappé ) qui se succèdent comme nos anciens rois.

A noter que si un écart sexuel ( Bill Clinton & Monica Levinsky) peut vous causer les pires ennuis, des mensonges d’état caractérisés n’empêchent pas un certain George W. Bush d’être réélu et de continuer de parader sans être accusé de crime d’état : les « armes de destruction massive » inexistantes, ont pourtant été le prétexte d’une guerre qui a causé des milliers de victimes. De quoi ( presque ! ) regretter Saddam Hussein !

Très étrange, non ?

Pourquoi continuer à vouloir élire démocratiquement un chef d’état ?

Ne serait-il plus simple de porter au pouvoir le plus riche – ou ( ce qui revient au même ) celui qui dispose des plus gros moyens, légaux ou pas, pour effectuer sa campagne ?

Ou encore celui qui bénéficie du soutien indirect des médias ? Donald Trump l’a d’ailleurs admis : qu’importe qu’on en dise du mal, l’essentiel est qu’on parle de lui !

La démocratie, semble-t-il, c’est donner raison au plus grand nombre. Soit.

En ce cas, au lieu de demander aux électeurs de se déplacer pour mettre un bulletin de vote dans une urne, ne serait-il pas plus rapide, économique et judicieux de demander à chacun qu’il vote… au moyen de son téléphone portable ( qui, aujourd’hui, n’en possède pas un ? ).

Récemment, en écoutant la radio, je suis tombé sur RMC au moment où le présentateur procédait à un sondage concernant… le baccalauréat ! Puis la circulation alternée.

Faut-il le ( la ) conserver ? Vous êtes pour ou contre ? Votez !

Aujourd’hui, la vox populi l’emporte.

Imaginez plutôt : au lieu d’avoir des députés ( qu’il faut élire, payer – et qui souvent, c’est un comble, ne se déplacent même pas à l’Assemblée ! ) dont le niveau des débats ( et des insultes ) est assez consternant, pourquoi ne pas demander à la population de s’exprimer, par le biais du Smartphone, si l’on est pour ou contre :

* la suppression du bac

* la circulation alternée

* la peine de mort

* l’accueil aux immigrés

* le stationnement payant à Paris

* les impôts…

J’en passe – et je devine que vous vous interrogez : est-ce que Grenier plaisante, ou pas ?

A peine.

Parce que notre façon d’élire un ( unique ) responsable national devient aussi ridicule et people que les sondages des auditeurs de RMC.

Imaginons que nous ne puissions conserver, à la télé, qu’une seule émission.

Savez-vous celle qui arrive en tête des audiences ? D’après Internet… c’est The Voice !

Suivi de Plus belle la vie.

Mais la meilleure audience nationale en 2016 a été… L’amour est dans le pré !

Qui dit mieux ? Emmanuel Macron ( avec « Je crois dans l’intelligence des Français ! » en 2016 ) ou… De Gaulle ( avec « Les Français sont des veaux ! » en1940)

S’il faut se fier à la majorité, et s’il ne fallait garder qu’une seule chaîne, ce serait TF1 ( 18,6% d’audience ). En queue de peloton, Arte avec 1,9% et… LCP ( 0,3% d’audience, mais qui regarde LCP ? Euh… moi, entre autres ! )

Où je veux en venir ?

A ceci, comme je le suggère de façon provocatrice dans mon roman Virus LIV 3 :

Il ne devrait pas y avoir un représentant du peuple, mais plusieurs, seuls décisionnaires suite à un débat et à leur accord unanime.

Ces représentants ( une quarantaine ? ), irréprochables, ne seraient pas payés. Et ils retrouveraient leur emploi ordinaire après une période donnée.

De façon provocatrice, j’imagine dans mon récit que ce sont… des intellectuels, des écrivains et des philosophes – une hérésie qui entraîne une « dictature des Lettrés ». Mais la dictature des uns est l’utopie des autres – euh… oui, je revendique le copyright de cette formule !

Rêvons d’une société gouvernée de façon collective par :

* des sommités reconnues dans leur spécialité ( médecine, philosophie, économie, etc. ) comme Hubert Reeves, Axel Kahn, Nicolas Hulot, Pierre Rabhi, Claude Hagège, Michel Onfray, Joseph Stiglitz, Aung San Suu Kyi, le pape François, le Dalaï Lama… j’en passe.

* des citoyen(ne)s ordinaires, un commerçant, un agriculteur, un ouvrier, un chômeur, un chef d’entreprise, une mère ( ou un père ) au foyer, etc.

Comment seraient-ils choisis ?

Pour le premier groupe, par leurs pairs ( à noter que les responsables religieux le sont déjà ! ) Pour le second groupe… au hasard.

La stochastocratie est d’ailleurs un mode de gouvernement qui perdure : les jurés des cours d’assise sont choisis de cette façon. Une manière de mettre un citoyen ordinaire devant des responsabilités extraordinaires.

Un roman de Gérard Klein ( Le sceptre du hasard ) aborde ce point de vue de façon caricaturale. Je l’évoque souvent lors de mes conférences.

La question qu’on me pose alors est :

- Et… ça fonctionne, la « stochastocratie » ?

Ce à quoi je réponds :

- Pas très bien. Mais au fond, pas tellement plus mal qu’avec les autres modes de gouvernement !

Une brève histoire du temps ( Du big bang aux trous noirs ), Stephen Hawking, Flammarion

Faut-il encore présenter le physicien Stephen Hawking ? Né en 1942, il a développé dès 25 ans la maladie de Charcot et pensait n’avoir que deux ou trois ans à vivre. Handicapé, il a dû subir une trachéotomie qui l’a privé de l’usage de la parole – mais il est toujours là !

Ayant récemment vu le ( très beau ) film Une merveilleuse histoire du temps ( James Marsch, 2015 ), qui relate sa vie sentimentale et professionnelle, j’ai retrouvé dans ma bibliothèque son best seller publié en 1988, que j’avais, en son temps acheté et dévoré – Une brève histoire du temps  est sorti en France en 1989..

Et je l’ai relu. Avec un plaisir multiplié.

Même si l’astronomie a fait, en trente ans, des progrès considérables ( on a découvert et répertorié plus de 3 000 exoplanètes ! ), la physique, elle, affronte les mêmes problèmes : comment concilier la relativité générale et la mécanique quantique ? Ou, pour poser la question autrement, quelle théorie unifiée pourrait « faire des quatre forces qui expliquent l’univers*… une force unique » ?

Stop ! allez-vous me rétorquer, ce débat est réservé aux spécialistes !

Pas d’accord.

Evoquons d’abord les sujets qu’aborde Stephen Hawking : au-delà du temps ( le sujet de sa thèse de doctorat et celui de son ouvrage ), l’auteur relate d’abord chronologiquement les progrès effectués dans notre vision de l’univers : la prise de conscience que :

  • la Terre est ronde, affirmation d’Aristote en… 340 avant J.-C. !

  • qu’elle tourne autour du soleil, comme les autres planètes ( Copernic, en 1514 )

  • la gravitation universelle gouverne le mouvement des astres ( Newton, en 1687 )

  • notre système solaire fait partie d’une galaxie ( Herschel, en 1785 )

  • notre univers est constitué de galaxies ( Curtis, vers 1920 )… qui s’éloignent les unes des autres ( Hubble, en 1929 )

  • espace et temps sont liés ( Einstein, théorie de la relativité générale, 1916 )

  • l’infiniment petit obéit à des lois différentes de celle de la relativité ( Feynman, Planck, Heisenberg, Dirac, vers 1930 )

Certes, arrivé à la page 100, la vulgarisation des phénomènes de la physique quantique semble une gageure ; mais le lecteur néophyte pourra au moins se familiariser avec les constituants de l’atome, protons, neutrons ( donc les quarks ), neutrons – avec les photons et les ondes… et les phénomènes qui régissent l’infiniment petit.

Préfacé par Carl Sagan, dédié à sa première épouse ( Jane ), ce livre de vulgarisation peut à mes yeux toucher un large public, y compris celui des lecteurs qui sont des novices en matière d’astronomie et qui aimeraient aborder les grands problèmes de notre temps en matière de physique.

Est-ce bien nécessaire ? Je le crois.

Je pense même que la plupart de nos comportements égoïstes, naïfs ou de courte vue viennent du fait que l’astronomie contemporaine n’occupe pas de place dans l’enseignement. Prendre conscience que notre planète est une magnifique exception – et que l’Homme ( son intelligence, sa capacité à expliquer – provisoirement - l’univers ) est un phénomène miraculeux, peut-être unique, cela permet de mesurer la fragilité de notre existence et la responsabilité qui nous incombe de tenter de la préserver, de la perpétuer…

Hélas, même « civilisé », l’Homme du XXIe siècle continue à « passer cette vie en véritable bête brute », comme le disait Sganarelle dans le Don Juan de Molière.

Quand on sait qu’aux Etats-Unis, le futur ministre de l’Education est un créationniste convaincu, je me surprends à penser que notre planète serait peut-être mieux gouvernée par des philosophes et des scientifiques comme Stephen Hawking, Axel Kahn ou Hubert Reeves, dont le dernier message est un véritable cri d’alerte pour les générations futures.

Si vous manquez d’ambition ou de temps pour vous plonger dans Une brève histoire du temps, alors consacrez du moins cinq minutes à entendre ce court enregistrement :

http://www.francetvinfo.fr/replay-radio/moi-president-2017/hubert-reeves-moi-president-je-ferai-en-sorte-que-l-humanite-cesse-de-saccager-sa-planete_1966187.html

Lundi 27 février 2017

Les accommodements raisonnables, Jean-Paul Dubois, L’Olivier

En cette fin d’année 2007, Paul Stern a des problèmes avec sa femme, née Anna Roca del Rey et son père Alexandre et avec son père : Alexandre.

Le frère d’Alexandre, Charles, un arriviste riche, hâbleur et prétentieux, vient de mourir. Le père de Paul hérite : de sa fortune… mais aussi de son méchant caractère et accessoirement de sa maîtresse John Johnny. Aussi, Paul est stupéfait de constater la vitesse avec laquelle son père, « un veuf rigoriste et dévot s’était mué en ce futur époux jouisseur et flambeur » ( p.115 ), bizarrement fier de piloter le yacht de son frère défunt !

Quant à la femme de Paul, Anna, elle est en profonde dépression malgré les soins ( ? ) de son psy, Grandin. Elle va d’ailleurs exiger d’être internée…

C’est le moment où Walter Whitman, un producteur américain, fait appel à Paul, qui est scénariste, pour qu’il devienne le script doctor d’un film improbable, et le scénariste obligé d’un autre projet sans importance – il faut bien fournir aux spectateurs les sous-produits dont ils sont friands... Bref, Paul est en quelque sorte invité à venir à Hollywood, logé, nourri et ( bien ) payé, pour servir de « prête-nom afin que ces futurs œuvres aient la qualité française ». Bien sûr Paul accepte.

Sur place, il est consterné par le faible niveau d’exigence qu’on lui demande et irrité par les appels nocturnes de son père, obsédé par l’irrésistible ascension politique d’un pitre nommé… Sarkozy. Paul devient le complice obligé de son riche commanditaire Walter Whitman, il se lie d’amitié avec Edward Waldo Finch, un vieux réalisateur oublié… et il finit par rencontrer Selma Chantz, le parfait sosie de son épouse… sauf qu’elle a 30 ans de moins qu’Anna.

Paul doit cependant affronter deux problèmes : Selma se drogue – et contre toute attente, Anna guérit et rentre au logis !

Paul se retrouve alors à la croisée des chemins, partagé entre une maîtresse et un job aux U.S.A. et une famille qui l’attend en France : il a trois enfants et il est grand-père !

Ce roman au titre improbable ( qui se justifie pleinement dans sa conclusion, superbe ) a eu moins de succès que La vie française ( 2004 ). À l’heure où j’écris ces lignes, il est encore trop tôt pour évoquer le sort du nouvel opus de Jean-Paul Dubois : La Succession.

Il s’agit pourtant d’un récit important, même si son rythme peut sembler lent.

L’action des Accommodements raisonnables, rythmée en douze chapitres qui sont autant de mois, se situe très précisément dans le temps ( 2007/2008 ) puisque Paul continue de travailler à Hollywood pendant la fameuse grève des scénaristes.

En réalité, ce récit relate le glissement inexorable du caractère et du destin de trois personnages :

  • Alexandre, un père « oublieux de toute la philosophie janséniste qu’il avait si souvent professée, débutait, sur le tard, une déplaisante carrière de branleur antipathique, de sauteur de banlieue, de gigolo des mers » 

  • Anna, une épouse désormais loin du réel, même si elle affirme un jour à son époux qu’il est plus près d’elle qu’il ne le croit, une femme qui revient à la vie au moment où son mari est à l’autre bout du monde, entre les bras du jeune sosie d’Anna ; et enfin :

  • Paul, qui prend conscience d’avoir vécu « une année singulière (… ) nous avait tous amenés à nous enfuir droit devant nous (…).Mon père avait basculé le premier, Anna ensuite et moi enfin (…) L’origine de cette étrange épidémie rôdait quelque part en nous-mêmes. Les accommodements raisonnables que nous avions tacitement conclus nous mettaient pour un temps à l’abri d’un nouveau séisme, mais le mal était toujours là, tapi en chacun de nous, derrière chaque porte, prêt à ressurgir » ( p. 274/275 )

Ajoutons que ce roman à l’humour décapant, au lyrisme parfois amer ( Paul a toujours conscience de sa lâcheté ), jette un regard critique sur l’Amérique en général et Hollywood en particulier. Selma, le jeune sosie ambigu ( et américain ) d’Anna, lui semble incarner « toute la pensée désaxée de ce pays, cette espèce de religiosité spongieuse, de verroterie spirituelle, de macédoine sociale – avec des pauvres payés pour ramasser des merdes de chien, des vieux pour garer les voitures (…) et des champignons pour guérir les angoisses vertébrales. (…) Ce pays était une secte, avec ses rites économiques et ses gourous fanatiques » (p. 219 )

Quel auteur a jamais brossé un tel portrait d’un pays qui fascine le monde entier ?

Ah, j’oubliais : le champignon dont il est question est lui aussi un personnage majeur du roman : c’est un remède miracle, une sorte de mère du vinaigre qu’il faut cajoler, nourrir d’affection, de thé, et absorber régulièrement pour se maintenir en bonne santé…

On le voit : Même si Les accommodements raisonnables rappelle parfois le génial Saga de Tonino Benaquista, son ambiance et son ambition frôlent parfois l’écume de Boris Vian : Chloé et Anna, même combat ?

Lu dans son élégante version Poche ( chez Points ) très noire…

Lundi 20 février 2017

Le Diable, tout le temps, Donald Ray Pollock, Albin Michel

Willard Russel, de retour dans l’Ohio après avoir participé à la guerre de 39/45, n’épouse pas Helen, comme l’aurait souhaité sa mère Emma, mais une jolie serveuse, Charlotte, dont il a un fils : Arwin.

Helen, elle, épouse Roy, un prédicateur cinglé qui a un cousin invalide, Théodore, dont il ne se sépare jamais. Persuadé qu’il peut accomplir des miracles, Roy va égorger Helen… sans parvenir, évidemment, à la ressusciter !

Il a eu le temps de lui faire un enfant, la petite Lenora, qui est laide comme un pou. Le couple Roy/Théodore enterre Helen à la hâte et fuit pour vivre désormais en prêchant ici et là –Théodore à la guitare et Roy dans le rôle du bon apôtre…

Entre-temps, Charlotte est tombée malade ; pour la sauver du cancer qui la ronge, son époux Willard entreprend des sacrifices sanglants ( animaux divers… et plus, si affinité ) sur un vieux tronc d’arbre ; il y entraîne son fils, le jeune Arwin. Cela n’empêche pas Charlotte de mourir ; Willard se suicide alors près du tronc à sacrifices, en laissant Arwin orphelin.

Le sheriff Bodecker va gérer cette douloureuse affaire. Il a une sœur, Sandy, ; celle-ci a épousé un faux photographe gras et libidineux qui l’utilise comme appât pour tuer des auto-stoppeurs et réaliser avec leur cadavre des photos morbides qu’il collectionne…

L’oncle d’Arwin, Easkwell, donne à son neveu ( il a alors 15 ans ) une arme qui lui sauvera la vie. Le jeune Arwin – qui est plus ou moins le héros de ce récit – va prendre la laide Lenora en amitié. Il la considère comme sa sœur et devient vite son protecteur. Mais Lenora, malgré sa laideur, va tomber sous la coupe d’un nouveau prédicateur, obsédé sexuel…

Salué par la critique, ce roman a été couronné de prix.

Il a de nombreuses qualités : son écriture, sobre et efficace ( on est vite captivé ) et un univers qui ravira les inconditionnels du roman « dur » américain, de James Ellroy à Jim Harrisson, avec un panorama réaliste ( et morbide ) de l’Amérique profonde ( et dépravée ) des années soixante…

Soyons clair : ce roman fourmille de saletés, d’ordures, de sueur, de crasse, de vomi, de sexe, d’urine, de merde et de sang ; et il n’y a pas un personnage auquel le lecteur peut, euh… s’attacher. Le jeune Arwin ? Oui, peut-être. Mais le malheureux gamin deviendra lui-même un triple meurtrier – il faut dire qu’il n’a guère été encouragé par son milieu familial, notamment un père complètement à la masse !

Bref, on va me reprocher de ne pas mêler ma voix aux éloges unanimes dont ce roman a fait l’objet, son auteur étant d’ailleurs éminemment sympathique ( il faisait partie des invités du salon du polar de Pau en 2014 : Un aller retour dans le Noir ).

Non, non : lisez-le, accrochez-vous, on est en effet au bord de la caricature ( mais qui sait ? ), avec des personnages issus d’un lumpenprolétariat US qui fascine les Européens que nous sommes… Après tout, c’est ça, l’Amérique qu’on admire : celle des excès que leurs observateurs aiment décrire et critiquer.

On a parfois reproché à mes romans l’absence d’un méchant ; il est vrai que je n’obéis pas aux règles de Propp. Eh bien ici, c’est l’inverse : il n’y a que des paumés, des obsédés, de faux dévots – et de pauvres gosses.

Si l’on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, alors ce roman est un chef d’œuvre. Sa conclusion, à manière du Train sifflera trois fois, est d’ailleurs la copie conforme d’un western classique. La scène finale rappelle aussi celle de la dernière image des albums de Lucky Luke. Mais Arwin n’est pas lucky, ni même a poor lonesome cow boy. Il a un lourd héritage, beaucoup de sang sur les mains et un destin… très incertain.

Lu dans sa version poche, un très joli petit livre rouge de 400 pages, très souple et très solide.

Monsieur le Commandant, Romain Slocombe, NIL

Le 4 septembre 1942, l’écrivain et académicien Paul-Jean Husson adresse un long courrier au Sturmbannführer de la Kommandantur de la ville d’Andigny, où il vit.

Dans cette véritable confession, il explique comment, après la mort de son épouse et celle de leur fille aînée, il a eu un différend idéologique avec son fils Olivier, qui a rejoint Londres et la Résistance.

Paul-Jean Husson est en effet un collaborateur et antisémite convaincu ; il fréquente d’ailleurs Drieu La Rochelle, Jacques Chardonne, Brasillach, et écrit parfois à Philippe Pétain puisque le nouveau « père de la patrie » a été autrefois académicien, lui aussi.

Mais voilà : Olivier s’est marié avec une jeune et jolie blonde que Paul-Jean a longtemps soupçonné d’être juive, avant d’en avoir la confirmation à la suite d’une enquête.

Cette Allemande, Ilse Wolffsohn, a été, quelques années auparavant, une actrice célèbre.

Depuis les lois antisémites et son mariage, elle cache soigneusement ses origines et ne fréquente plus ses parents, qui ont d’ailleurs judicieusement disparu.

Le problème, c’est que Paul-Jean Husson est très vite tombé amoureux d’Ilse – il se demande d’ailleurs si elle n’a pas épousé Olivier autant par amour… que pour se forger une nouvelle identité !

Ilse donne vite le jour à deux enfants ( juifs, juifs, songe tragiquement le narrateur ! ).

Après le départ d’Olivier, elle fréquente de plus en plus souvent la villa dans laquelle vit son ( riche et célèbre ) beau-père, à Andigny…

Bien entendu, le lecteur s’interroge très vite : puisque Ilse est juive et que le narrateur l’aime, comment se fait-il qu’il en fasse la confidence au responsable allemand ( et nazi ) de cette petite ville de Normandie ? Il faudra attendre les cent dernières pages, trépidantes, sanglantes et dramatiques pour le comprendre.

Sous couvert d’une longue lettre ( de 250 pages ! ), l’auteur, Romain Slocombe, nous livre le portrait d’un écrivain antisémite et collaborateur convaincu torturé par un dilemme : celle qu’il aime est juive – et, par surcroît, c’est sa belle-fille. Ce qui frappe le lecteur, c’est d’ailleurs le luxe de détails dont le narrateur fait preuve, avec un personnage dans la peau duquel on doit se mettre alors que ses opinions affichées sont… insoutenables !

A cet égard, ce récit est déjà une réussite teintée d’ambiguïté : n’y a-t-il pas le risque que ces arguments affichés et démontrés ne finissent par convaincre un lecteur un peu influençable ?

Qu’on se rassure : ce n’est évidemment pas l’objectif de Romain Slocombe : il est lui-même d’ascendance juive – et il cumule les talents : il est aussi réalisateur, traducteur, illustrateur, auteur de BD et photographe. Aux antipodes du Front National, il a ( dès 2012 ) soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon ! D’autre part, les scènes finales, presque insoutenables, rectifient le tir d’une façon spectaculaire.

Un autre aspect majeur de Monsieur le Commandant est la peinture précise d’une certaine France des années 40 ( très exactement les années 40, 41 et 42 ), une peinture si détaillée qu’on a parfois l’impression que Paul-Jean Husson a existé, et que l’auteur a utilisé un écrivain réel pour en changer le nom. Les références historiques ( ah… les scènes de la débâcle et de l’exode… on croirait que Romain Slocombe – né en 1953 ! – les a vécues… ) raviront les amateurs d’Histoire et… de littérature. Parce que ce courrier éclaire, ici ou là, l’attitude de nombreux écrivains – Céline en tête, certes, mais aussi André Gide, Henri de Montherlant, Sacha Guitry ( j’en passe ), sans parler de certains éditeurs ( Denoël, Gallimard ) dont les responsables littéraires ont été oubliés… ou blanchis.

Parenthèse utile et édifiante : ce récit a été dédié à… Pascal Garnier, dont j’ai dit ici même le plus grand bien avant qu’il ne nous quitte prématurément/

En dépit ( ou à cause ? ) d’un contexte historique et social remarquablement restitué, ce roman est passionnant et exemplaire. Si vous avez calé devant Les Bienveillantes ( difficile de ne pas faire le rapprochement ! ), rassurez-vous : vous lirez Monsieur le Commandant d’une traite, quitte à mettre un certain temps pour vous remettre des émotions qu’il vous procurera...

Lundi 06 février 2017

Une interview de Logicielle

Pour les besoins d’un article, Laura Ferret-Rincon a adressé plusieurs questions à Logicielle. Pour répondre, j’ai dû prendre la place de mon héroïne… en sollicitant l’aide de ma fille Sophie, qui a été autrefois le modèle de mon personnage. Elle en possède toujours certains traits, sur le plan du physique et du caractère !

Les lignes qui suivent sont donc un « digest » de nos réponses respectives, qui se complétaient sans jamais se contredire.

  1. Bonjour Logicielle ! Merci de participer à cette petite interview.

Je vais vous poser une dizaine de questions, n’hésitez pas à intervenir ou à donner des précisions. Alors, votre véritable nom est en réalité Laure-Gisèle, Logicielle est le pseudonyme donné par vos collègues en raison de votre amour de l’informatique. C’est assurément un drôle de surnom qui se retient facilement ! Est-ce qu’il vous plait ou bien le subissez-vous ?

Faire valoir vos compétences informatiques dans un milieu réputé masculin n’a pas été difficile parfois ? Ne vous êtes-vous pas heurtée aux mauvaises langues ?

Mais cela fait déjà trois questions d’un coup ! Attention, il ne vous en reste plus que sept !

Pour la question du surnom, je pense qu’il en est de même avec moi qu’avec tout le monde : au départ le surnom vient d’une gentille moquerie qu’on n’apprécie pas plus que cela mais avec le temps se crée une certaine intimité, pas si désagréable.

Evoluer et réussir à faire son trou dans un milieu réputé masculin est compliqué en effet, mais finalement très dynamisant ; on apprécie chaque petite victoire au jour le jour et l’avantage dans ce milieu de l’informatique (et contrairement à certains autres), c’est que quand une victoire est gagnée, elle est véritablement acquise et on peut s’atteler à la suivante. Quant aux mauvaises langues, elles sont partout : allez faire un tour dans le salon de coiffure à côté de chez vous et ouvrez vos oreilles, vous verrez que le monde réputé féminin n’a rien à envier à celui réputé masculin !

  1. Germain est un ami de longue date, c’est également un mentor pour vous. Que vous a-t-il apporté ? Pouvez-vous nous dire quelques mots le concernant ?

Germain est comme… un père pour moi ! C’est le seul homme que je connaisse qui n’a aucun a priori sur les personnes (homme, femme, peu importe !) aucun jugement premier et qui ne se fie qu’à l’intelligence des gens, à ce qu’ils recèlent au fond d’eux. Il m’a apporté la mesure en toute chose et le sang-froid dont je manquais quand j’ai démarré.

  1. Votre métier est tout de même très prenant ! Quels rituels ou petites choses faites-vous, une fois revenue à la maison pour souffler un peu et marquer une distance nécessaire entre travail et vie privée ?

Très bien, vous voulez tout savoir ? OK, vous allez être servie : je file aux toilettes et me prends une BD !

  1. Vous avez aidé à la résolution de plusieurs enquêtes avant de prendre les rênes à votre tour. Y en a-t-il une en particulier qui vous revient en mémoire et durant laquelle vous avez eu peur que l’assassin triomphe ?

Aucune en particulier, parce qu’il y a toujours ce moment de doute qui vous assiège un instant et qu’il faut réussir à dominer. Et qu’il est toujours suivi de cette certitude utopique que le monde est bien fait et que les méchants finissent toujours par payer.

  1. Je sais que vous n’aimez pas trop parler de vous, mais laissez-moi vous poser une question plus piquante, qui, je le sais, ravira nos lecteurs ! (mais si, mais si !)

Que pourriez-vous nous dire sur votre relation pour le moins surprenante avec votre collègue Max ? Vous adoriez le détester ?

Mais pourquoi mettez-vous cette dernière phrase au passé ? Je blague, bien sûr ! Max a des côtés terriblement agaçants, il titille vous voyez, comme le font souvent les enfants. Mais il a justement ce côté enfantin et tellement naturel et humain, souvent désarmant, qui me fait craquer… finalement. Si vous ajoutez à cela que c’est un homme dynamique, travailleur et obstiné, ils ne sont pas si nombreux de nos jours !

  1. Avant que l’on qualifie cette interview de presse à scandale, revenons au travail voulez-vous. J’ai personnellement entendu parler de vos exploits lors de l’affaire de L’ordinatueur, fascinante sur plusieurs points. N’avez-vous pas gardé une certaine défiance envers les nouvelles technologies depuis lors ? Surtout avec l’essor des jeux de réalité virtuelle.

Si, tout à fait, j’ai encore cette image de l’écran de l’ordinateur qui parfois me guette dans le noir. La technologie est une science incroyable, tant qu’elle est maitrisée ; mais nos sociétés modernes lui ont donné un trop grand pouvoir sur certaines gens trop faibles ou trop influençables qui se laissent bien souvent dépasser hélas.

  1. Vous aimez bien la nourriture, vous adorez la tarte Tatin par exemple. Pourtant, avec votre métier, il vous faut sans cesse garder la forme. Des astuces ?

Une seule astuce : le sport ! On peut manger de tout tant que l’on se bouge en conséquence.

  1. Vous vous êtes souvent rendu dans le Périgord pour affaires ou encore pour rendre visite à votre ami Germain. Vous aimez bien la région ?

Le Périgord est une région gaie et accueillante, comme le sont ses habitants, du moins ceux que j’ai pu rencontrer… Je l’aime beaucoup, elle sait associer les bienfaits de la nature et le travail de l’homme, pour preuve, goûtez un peu sa cuisine !

  1. J’en viens à la fameuse question que je me plais tant à poser. Quand et pourquoi avez-vous décidé d’exercer ce métier ? Selon vous, quels en sont les avantages et les désavantages ?

Vous trouverez une réponse à cette question dans le livre « … » Je pense qu’on ne se décide pas à faire ce métier, il est là, tout près, comme une évidence, et un jour on se lance. Les avantages en sont, comme certainement dans tous les autres métiers d’ailleurs, le plaisir que moi j’y trouve, le sentiment que chaque jour va être nouveau, étonnant, avec peut-être une réponse à une question, une solution définitive à une enquête en cours. Le revers de la médaille est ce sentiment de vide qui m’inonde lorsqu’une enquête est finie, un peu comme si je devenais une ombre…jusqu’à la prochaine !

  1. Dernière curiosité de ma part : quels sont vos projets pour l’avenir ?

Pour l’avenir ? Selon où en sont les lecteurs je ne sais pas vraiment… Un mariage, des enfants ? Un long et lointain voyage, certainement.

Retrouvez cette interview (et d’autres) en vous connectant sur www.lesdessousdelaplume.fr

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