Le Blog de Christian Grenier, auteur jeunesse

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Lundi 17 octobre 2011

Harry Mulisch, La découverte du ciel

     Aux Pays Bas, Onno Quist, issu d’un milieu aisé, calviniste et aristocratique, est un dilettante cultivé, original et provocateur, essentiellement occupé à déchiffrer les caractères ésotériques d’une pierre ancienne... Rompant les liens avec sa famille ce 13 février 1967 au soir, il se fait prendre en stop par un inconnu, Max Delius, astronome amateur de femmes dont la mère juive a été déportée, dénoncée par un mari collabo.
     Bien que très différents, les deux hommes deviennent vite complices, et proches au point de vivre ensemble. Max tombe alors vraiment amoureux d’une jeune fille attachante : Ada. Union à laquelle il met fin par maladresse.
     Onno devient alors le fidèle compagnon d’Ada.
     A la suite d’une invitation assez baroque à Cuba, tous trois participent malgré eux à un colloque révolutionnaire. Un soir, l’improbable a lieu : à l’instant où Onno trompe brièvement Ada avec une belle Cubaine, Max couche avec Ada.
     Un enfant extraordinaire en naîtra : Quinten.
     Qui est le père ?
     Impossible de le savoir — seul Max, sa vie durant, sera tenaillé par le doute.
     Peu avant la naissance de Quinten, le père d’Ada décède. Le trio ( qui est revenu aux Pays-Bas ) se rend chez l’épouse du défunt, Sophia, pour l’avertir, triste mission... Sur le trajet a lieu un accident au cours duquel Ada sombre dans un profond coma, dont elle ne sortira pas. Il faudra provoquer l’accouchement.
     Conscient qu’il est incapable d’élever seul son ( ? ) enfant, Onno le confie à Sophia, sa grand-mère, et à son ami Max... qui d’ailleurs entretiennent une étrange liaison charnelle secrète !
     Max, Sophia et Quinten emménagent dans un château où grandit l’enfant. Il est beau comme un dieu, à la fois taciturne et surdoué, obsédé par une architecture dont il rêve, et qui possède le secret du grand tout...
     Un secret que l’astronome Max découvre à la seconde où une météorite le pulvérise !
     Entre-temps, Onno, qui s’est tourné vers la politique et a échoué ( à cause de ce fameux voyage à Cuba qui décidément le poursuit ) fuit le château pour disparaître et vivre en ermite. A dix-sept ans, Quinten décide de retrouver son père.
     Il y parviendra ; et tous deux partiront alors, via Rome, Florence et Jérusalem en quête de l’Arche d’Alliance – ou plus exactement des Tables de la Loi que Quinten retrouve et veut ( imprudemment ) remettre à leur place !

     Ainsi résumé, ce récit peut déconcerter. C’est d’ailleurs le cas !
     Il faut savoir qu’il est encadré et coupé de temps à autre par un étrange dialogue entre deux anges, dont l’un a d’ailleurs à peu près tout manigancé depuis de début : rien n’arrive au hasard, ni la rencontre entre Onno et Max, ni le coma d’Ada et la naissance de cet enfant au destin exceptionnel qu’est Quinten.
     Cet été sont venus nous rendre visite comme chaque année mon vieil ami hollandais Cor-Jan ( je le connais depuis... 1963 ) et son épouse. Il m’a demandé quels auteurs hollandais je connaissais. Honte sur moi ! A part Robert van Gulik...
     — Il faut absolument que tu lises Harry Mulisch et La découverte du ciel !
     C’est fait. Et j’en sors à la fois ébloui et décontenancé.
     C’est là un roman inclassable, entre... Da Vinci Code et Le pendule de Foucault !
     Son intérêt, outre les rebondissements incessants, réside dans la personnalité de tous les protagonistes et surtout dans les dialogues, qui fourmillent de références culturelles multiples, tour à tour d’ordre historique, politique, astronomique, sémantique et religieux.
     C’est un fourre-tout apparent, très improbable, que structure la présence de ces deux anges et une vision cosmogonique ambitieuse. On va sans cesse du réel à l’extraordinaire, du quotidien à l’exceptionnel. Bref, il faut entrer et plonger dans ce long et passionnant récit ( 1140 pages, tout de même... ), foisonnant et attachant, pour en ressortir à la fois perplexe et stupéfait, nourri davantage de questions que de réponses.
     Dans la catégorie des OVNI, un modèle !

     Lu dans sa version poche, ouvrage fort épais... un excellent rapport qualité-prix !

Lundi 10 octobre 2011

John Irving, Un enfant de la balle

     Farrokh Daruwalla, chirurgien orthopédiste, a plusieurs secrets...
     Le premier, c’est son déchirement identitaire entre l’Angleterre et l’Inde.
     Le deuxième, c’est son obsession à découvrir les gènes des nains achodronplases, ce qui explique sa longue fréquentation des cirques de Bombay et son amitié avec l’un d’eux.
     Le troisième, ce sont ses liens étroits avec une sorte de Colombo /Dr Who local, comédien à la fois adulé et détesté, avec lequel il entretient des liens quasi-familiaux, et pour cause : il connaît comme sa poche le passé ( et la mère ) de celui qui joue le rôle de l’Inspecteur Dhar... sans parler du fait que ce garçon possède un frère jumeau ( mais le comédien, lui, l’ignore ! ), un ecclésiastique qui vient d’arriver à Bombay et qui pourrait bien tomber nez à nez avec son clone... comment faire ?
     Si l’on ajoute le meurtre plus qu’étrange de Mr Lahl, un vieux golfeur du club dont Farrokh et son fils adoptif font partie, on possède une grande partie des clés d’un récit à la fois baroque, lent, complexe et passionnant dont le décor est l’Inde en général et Bombay en particulier !

     Amateurs s’abstenir !
     Si l’auteur du Monde selon Garp et d’Une prière pour Owen ne livre pas ici son œuvre majeure, il immerge le lecteur dans un univers très particulier, tant sur le plan du cadre que sur celui des mœurs ! Rédigé sous la forme classique du monologue indirect libre, ce roman-fleuve d’une rare densité relate à la fois le destin du Dr Daruwalla, mais aussi celui de personnages attachants et multiples. Malgré sa rédaction traditionnelle, ce récit reste à mes yeux inclassable car il traite de l’Inde, du cirque, de la médecine de pointe, de génétique... mais on y trouve aussi une quête identitaire et familiale, le portrait d’un homme déchiré entre deux cultures et deux pays ( comme John Irving lui-même ) en même temps qu’une enquête policière aux pistes et indices entrecroisés, du grand art !
     C’est là un récit complexe et foisonnant réservé aux lecteurs exigeants, qu’on complètera utilement par l’interview que l’auteur a livrée au magazine Lire de février dernier à l’occasion de la sortie en France de son dernier roman, Dernière nuit à Twisted River ( publié comme les autres au Seuil ).

     Superbe ouvrage ( assez lourd... 700 pages ) en grand format avec jaquette, la fameuse collection « blanche » ( avec liséré vert ! ) du Seuil, beau papier, belle typographie.

Samedi 08 octobre 2011

Concours de nouvelles de Science-fiction

Les Orléonautes ouvrent un espace littéraire amateur à l’occasion de la 39ème Convention de Science-Fiction  et de la 2ème Convention de Fantasy.
Ils organisent un concours de nouvelles de Science-fiction, gratuit et ouvert aux seuls amateurs.

    Thème :          LA VIE AILLEURS
    Genre :           Science-fiction
    Taille :        12000 signes typographiques maximum
    Date de fin :    30 avril 2012

Le premier prix verra sa nouvelle éditée par la Convention à cinquante exemplaires avec mention du prix.
Les trois premiers prix seront publiés dans le livre-souvenir de la Convention aux côtés des auteurs invités.

Les prix seront remis lors de la Convention et de nombreuses surprises seront réservées aux gagnants, voir le règlement complet du concours sur :
http://www.semoy2012.fr/articles.php?lng=fr&pg=10

Lundi 03 octobre 2011

Henning Mankell, L'homme inquiet

     A 55 ans, Kurt Wallander est un policier veuf qui se sent vieillir. Sur un coup de tête, il décide de s’acheter une maison isolée et d’adopter un labrador, Jussi. C’est alors que survient un incident stupide et inexplicable : il quitte le restaurant où il dîner de façon trop arrosée... en oubliant son arme de service sur la banquette ! Il est moins choqué par le blâme qui l’attend que par le regard de ses collègues et, surtout, le fait qu’il n’a aucun souvenir de cet oubli !
     Sa fille Linda ( flic elle aussi ) l’avertit qu’elle est enceinte. Kurt fait alors la connaissance de son compagnon, Hans ( qui gère des hedge founds ) – et de ses parents, Louise et Haken von Enke, à l’occasion de ses 75 ans. A son propre étonnement, Wallander sympathise avec ce vieil officier qui a passé sa vie dans les sous-marins, et qui, ce soir-là, lui fait d’étranges confidences concernant la chasse à un submersible étranger ( soviétique ? ) infiltré dans les eaux suédoises à l’automne 1982... En effet, au moment où le navire espion allait être arraisonné, un ordre mystérieux venu du gouvernement a ordonné à l’équipage de le laisser filer. Cette confidence serait banale si... Haken von Enke ne disparaissait pas le lendemain !
     Mis provisoirement à pied, Wallander enquête. Il interroge notamment un officier ami du disparu, Sten Nordlander ; il est lui aussi stupéfait par cette disparition inexplicable et lui livre les coordonnées d’un proche de Haken von Enke : l’Américain Atkins, qui vit près de San Diego. Mais voilà que Louise, l’épouse de Haken... disparaît elle aussi à son tour, aussi vite et inexplicablement que son époux !
     Informé par Wallander, Atkins vient en personne à Stockholm lui rendre visite pour échanger des informations. Deux membres d’une même famille ( les parents de Hans, le compagnon de sa fille ! ) ont-ils été enlevés ? Par qui ? Et pour quelle raison ? Cet incident vieux de 25 ans aurait-il un rapport avec ces deux disparitions plus que suspectes ?
     C’est alors qu’Atkins livre à Wallander une info en apparence anodine qui se révèle un scoop : les von Enke avaient... une fille, Signe, très handicapée, dont son frère cadet lui-même ignorait l’existence !
     Wallander se met alors à la recherche de cette fille de 40 ans... et il finit par la trouver !

     Bien. Peut-être suffit-il au lecteur de savoir qu’à ce stade du récit... il se trouve page 165.
     Et que le roman comporte 550 pages, plus passionnantes encore que le résumé qui précède !
     Dernière enquête d’un Kurt Wallander que les familiers de Henning Mankell connaissent bien, c’est ici la quête difficile d’un policier au bord de la déprime. Le thème des sous-marins – puisé dans l’actualité réelle, au temps d’Olof Palme – n’est peut-être pas dû au hasard, on « navigue en eaux troubles et profondes » !
     Ce superbe roman policier vaut autant par son contenu que par le portrait attachant que Mankell brosse ici de son héros : un père qui communique peu et mal avec sa fille, un flic qui perd la mémoire et ses moyens, un grand-père qui va attendre longtemps qu’un nom ( Klara ) soit enfin donné à sa petite fille. Ce sombre récit crépusculaire s’achève de façon très inattendue : comme dans tout bon roman policier, le lecteur, comme Wallander lui-même, disposait de tous les indices pour découvrir le coupable. Ce roman engagé qui, comme ceux de Stieg Larsson, évoque les heures sombres de la Suède ( on flirte avec le récit d’espionnage et... avec la réalité des années 80 ! ) possède une écriture sobre, attachante et efficace.
     C’est aussi une magnifique réflexion sur la vieillesse, la mémoire et l’oubli.

     Lu dans la belle version grand format du Seuil. Ce beau et grand roman méritait une présentation à sa mesure – et elle est proportionnelle au plaisir de sa lecture !

Lundi 26 septembre 2011

Infos people, infos pipeau ?

     Est-ce un effet des vacances ou de l’été ?
     J’ai de plus en plus l’impression, à la radio comme à la télé, que l’information n’est plus livrée par des spécialistes, mais confiée au public lui-même par le biais d’interviews complaisantes.
     Il n’y a pas si longtemps encore, les informations livraient soit des faits et du concret, soit des analyses confiées à des spécialistes du domaine en question.
     Mais cet été, la priorité était au qu’en dira-t-on ( DSK est-il encore dans cet appartement ? Qu’aurait-il dit, fait, où a-t-il dîné, qui détient son passeport ? ), assorti d’images vides et d’incertitudes... et aux interviews passionnantes de gens à la campagne ( enquête sur le camping, le caravaning, les tendances écolo dans la cuisine ) ou sur les plages ( reportages sur les sports nautiques à la mode, la température de l’eau, le bronzage, la baisse de fréquentation des bars et restaurants de bord de mer... )
     Est-ce l’influence de TF 1 ou des émissions de télé-réalité ?
     Jamais on n’avait vu autant de vacanciers, de touristes, d’automobilistes questionnés sur leur destination, la durée de leur stationnement sur l’aire d’autoroute, le contenu de leur casse-croûte, les distractions de leurs enfants pendant le trajet.
     A chacune de ces « informations, passées dès 13H10 ou 20H15, je suis consterné !
     C’était comme si on disait au téléspectateur :
     Voyez, n’importe qui peut passer à la télé !
     Vous n’avez rien à dire ? Pas grave, répondez quand même !
     La conclusion du vieux schnock est assez terrifiante... Evitons de parler trop longtemps de sujets sérieux ou difficiles ( La dette ? On n’y comprend rien ! La Libye ? comme c’est compliqué – et puis c’est loin, qu’ils se débrouillent ! ) pour montrer au citoyen lambda qu’il y a ( ouf ! ) des gens comme eux. Des gens préoccupés avant tout par le lieu de leurs vacances, l’état de la météo – ou par les traditions de ce sympathique village de Haute Provence...
     C’est très rassurant de voir sur l’écran des gens comme vous et moi. Avec des préoccupations identiques...
     Sauf que les informations, ce n’est pas fait pour ça.
     Pour ce genre de reportages, il y a des magazines, papier ou télé.
     Mais non : désormais, on nous livre pendant les journaux nationaux, et de façon détaillée, des « informations » qui consistent à livrer la paroles aux familles qui prennent l’apéro dans les campings du bord de mer.
     La vérité, c’est que ça doit tout simplement faire de l’audience. Parce qu’il est plus difficile d’être attentif à un spécialiste qui parle de son sujet que d’avoir l’impression d’être soi-même sur l’écran. Une forme de démocratie qui ressemble à un nivellement par le bas.

Lundi 19 septembre 2011

Rattawut Lapcharoensap, Café Lovely

    
En Thaïlande, mieux vaut se méfier des touristes, que l’on surnomme « Les farangs ».
     Le jeune Luk ( et son cochon baptisé Clint Eastwood ) en aura la confirmation à ses dépens. Tombé amoureux de Lizzie, une Américaine larguée par son copain Hunter, il espère séduire la belle étrangère avec la complicité du cochon, et à la suite d’une promenade à dos d’éléphant...
     Avec Café Lovely, l’auteur nous entraîne dans les quartiers pauvres, au sein d’une famille dont le père vient de mourir d’un accident du travail, écrasé par une caisse de jouets en bois destiné aux riches occidentaux – quel symbole ! Le narrateur évoque deux ou trois souvenirs d’enfance à l’époque où Anek, son frère aîné, l’initiait à la culture occidentale et à sa future vie d’adulte : un anniversaire raté dans un fast food, un shoot à la colle, une initiation sexuelle balbutiante dans une maison de passe ( le Café Lovely ) et un retour grisant sur une moto rafistolée...
     Dans La Loterie, le narrateur évoque le jour où, avec son ami Wichu, il doit passer l’épreuve de la conscription : visite médicale sommaire et tirage au sort. Les jeunes gens qui tirent une carte rouge sont bons pour deux ans de service, ceux qui tirent une carte noire sont exemptés. Mais grâce à la corruption, le tirage est truqué.
     Puisque la mère de Luk va devenir aveugle, elle entreprend avec son fils un voyage sur l’archipel d’Andaman, funèbre pèlerinage, un dernier « Tour au paradis ».
     Grâce à son père dentiste, la petite Priscilla la Cambodgienne possède toute la fortune de la famille... dans sa bouche, toutes ses dents sont couronnées d’or ! Hélas, les réfugiés cambodgiens ne sont pas les bienvenus dans cette Thaïlande en proie à la misère. Pourtant, Luk et son ami Dong finissent par se faire une amie de Priscilla... dont les dents ( de lait ) menacent de tomber.
     Le narrateur de Je ne veux pas mourir ici est un vieil Américain veuf et à demi-paralysé. Exilé de force à Bangkok avec son fils Jack et sa bru thaïlandaise, il est amer — et nostalgique d’un pays qu’il a dû abandonner pour survivre ici en étranger.
     Combat de coqs, novela de cent pages divisée en vingt chapitres, relate par le biais de la jeune Ladda, l’histoire de Wichian, son père, qui vit grâce à ses coqs de combat. Mais Wichain s’est fait un ennemi juré de Petit Jui – le fils du truand Grand Jui qui autrefois avait séduit sa sœur aînée. Humilié par son adversaire malhonnête, Wichian ne s’avoue pas vaincu et s’entête... au risque de ruiner sa famille ; mais Petit Jui – et surtout Ramon, son complice, s’intéressent d’un peu trop près à Ladda... un drame dans lequel les coqs les plus hargneux ne sont pas toujours les volatiles.

     Pour mieux connaître la Thaïlande ( autrefois le Siam ), on peut s’offrir un voyage à Bangkok... ou lire ce recueil de sept nouvelles édifiantes, tour à tour drôles, tristes et toujours cruelles. Ce recueil est une plongée en apnée dans un pays où règne encore la misère, avec la complicité du tourisme de masse et d’un régime corrompu.
     Né à Chicago, l’auteur est pourtant thaïlandais de culture et de cœur. Avec une langue claire et directe pleine de nostalgie et de tendresse, il nous offre, vu de l’intérieur, le tableau édifiant d’un pays dont les étrangers n’ont qu’une idée superficielle et souvent fausse.
     Une vraie découverte !
     Lu dans un joli livre de poche.

Samedi 10 septembre 2011

Vivent les classiques !

    
     Comme le savent les enseignants de Lettres des collèges, les nouvelles instructions les invitent à bouder les textes de « littérature jeunesse » pour privilégier « les classiques ».
     Cette nouvelle méthode va évidemment révolutionner l’enseignement du français et donner enfin aux plus jeunes l’accès aux textes majeurs de la littérature... ouf !

     Je me demande quels spécialistes se sont prêtés à une telle analyse ?
     Sûrement pas les profs des ZEP qui, dès la 6ème, ont déjà bien des difficultés à intéresser les jeunes à l’écrit en général, et à la lecture de récits qui pourraient faire de leurs élèves des lecteurs attentifs et passionnés !
     J’ai connu l’époque héroïque, les années 80, où mes propres enfants ( qui sur le plan littéraire n’étaient pas vraiment des « laissés pour compte » ), peinaient sur la version intégrale des Misérables qui leur était imposée. Sans parler du Père Goriot lu en classe de 5ème.
     Mais si, j’ai des noms, des lieux, des dates et des faits !
     Bon, mes propres enfants étaient issus d’un milieu assez favorisé pour franchir l’obstacle et continuer à aimer lire... mais que de non-lecteurs définitifs a-t-on fabriqués à l’époque avec de telles méthodes !
     Eh bien trente ans après, on y revient !
     J’entends d’ici quelques réprobations :

     1/ Mais alors, faut-il définitivement abandonner La Fontaine, Voltaire, Zola et Maupassant ?
     Bien sûr que non ! C’est justement pour que les débutants lecteurs puissent un jour y avoir accès qu’il faut, en parallèle, leur proposer une autre littérature, attrayante et contemporaine, dont le vocabulaire et les thèmes les touchent ! Utiliser ces textes comme tremplin n’a jamais supposé qu’il faille remplacer Stendhal par Christian Grenier !
     D’ailleurs, ces grands classiques sont abordés par les livres de lecture, qui en livrent des extraits. Il va de soi que notre grand fonds littéraire doit perdurer, et que les fables de La Fontaine ou les pièces de Molière restent d’actualité !

     2/ Ah ah, vous prêchez pour votre chapelle ! C’est là un point de vue corporatiste !
     Sûrement pas.
     Même si je suis devenu un professionnel de l’écriture, j’ai trop longtemps été enseignant pour ne pas voir, au-delà des intérêts privés d’une profession, celui de la littérature en général... et des lecteurs en particulier !
     Ce que je défendrai jusqu’au bout, ce n’est pas la littérature jeunesse ( on y trouve aussi le pire... comme partout ailleurs ! ), c’est la littérature tout court, dont certains grands textes de littérature jeunesse font indéniablement partie, et dont certains autres, parfois modestes, participent au plaisir et à l’élan nécessaires auxquels les jeunes lecteurs doivent avoir accès s’il veulent aborder plus tard les textes majeurs de nos grands ancêtres.

     Ces mesures, si elles sont appliquées à la lettre, vont avoir deux conséquences évidentes :

     * La reprise à grande échelle des grands classiques abrégés. Certains éditeurs en font leurs choux gras. Certes, publier une version réécrite et raccourcie de L’Iliade et L’Odyssée en 150 pages est une opération lucrative... et sans risque. Seulement la littérature, c’est aussi la vie, l’actualité et l’authentique. De même que les jeunes générations fournissent les retraites de leurs aînés, c’est la littérature d’aujourd’hui qui fait perdurer celle d’hier.

     * La désaffection définitive de plusieurs classes d’âge pour la lecture en général.
     A l’image de cette vieille publicité : « Un Ricard sinon rien ! », il sera proposé aux élèves des collèges : Une Chartreuse ( de Parme ) ou rien !
     Grâce aux efforts déployés pour privilégier les écrans, ordinateurs et autres tablettes numériques au détriment des budgets alloués au Livre... gageons que le RIEN a de fortes chances de l’emporter.
CG

Mygale, Thierry Jonquet


     Chirurgien spécialisé dans les réparations plastiques, Richard Lafarge maintient prisonnière sa femme Eve, cloîtrée dans l’une des chambres de sa belle villa du Vésinet. A l’occasion, il la sort pour lui faire subir les derniers outrages dans un appartement parisien, où elle se livre à des inconnus tandis qu’il l’observe...
     De son côté, Alex Barny se cache. Le casse auquel il a participé a mal tourné. Certes, il a sauvé le butin ; mais les caméras ont surpris son visage et il est recherché par toutes les polices de France. Il se terre dans le Sud de la France, provisoirement à l’abri grâce à la complicité d’un copain. Ses pensées vont souvent du côté de Vincent, son ami d’enfance, qui a mystérieusement disparu il y a quelques années...
     Et puis, à l’aide d’une troisième narration ( en italique et à la deuxième personne du singulier), on assiste précisément au kidnapping de ce fameux Vincent Moreau, l’ami d’Alex le proscrit. Et à son enfermement interminable, par un mystérieux tortionnaire dont les fins resteront longtemps inconnues...
     Un jour, Alex voit à la télévision un reportage sur les miracles que fait le chirurgien Lafargue. Et la solution s’impose, évidente : ce chirurgien va lui faire un nouveau visage !
     Pour l’y contraindre, un seul moyen : capturer soit sa fille ( mais hélas, elle est devenue folle et séjourne dans un asile ) ou mieux encore : sa femme, Eve !
     Peu à peu, les trois fils de ces narrations indépendantes se rapprochent, se croisent et se nouent, dans un final à la fois inattendu, baroque et monstrueux !

     Récit court et sans doute mineur, Mygale a pourtant bien des attraits – notamment, et comme à l’habitude de son auteur, celui de disséminer avec soin des indices qui permettront au lecteur perspicace de deviner une fin... fort habilement ficelée, même si le narrateur a un peu forcé tous les hasards ! Ce roman a récemment inspiré Pedro Almodovar pour son dernier film, qui sort sur les écrans ce mois-ci : La piel que habito.

     Mygale se trouve être le troisième et dernier récit d’un gros volume qui regroupe trois romans de Thierry Jonquet : un ouvrage de 680 pages qui peut constituer le viatique d’un voyageur amateur de romans noirs. Un bon moyen de découvrir quelques facettes du talent d’un grand du roman policier, prématurément disparu en août 2009.

Mercredi 29 juin 2011

Zut, on a encore oublié le nom de l'auteur !

Merci à Françoise Xénakis, l’auteur de Zut, on a encore oublié madame Freud ! ( 1984 ) de me permettre cette parodie.

En effet, ce petit billet n’a ici qu’un objet : m’indigner que soit fréquemment oublié ( à la radio, sur Internet, dans les médias… et surtout à la télé ) le nom de l’auteur du livre dont un film a été tiré.

Evoquant récemment le sujet d’un roman qui a bercé mon enfance ( je l’avais emprunté et je ne le possède pas ), Les Cinq sous de Lavarède, je fais un saut sur Internet : en effet, j’ai un doute sur le nom de l’auteur. Eugène Suë ? Zevaco ?

Surprise ! Les cinq sous de Lavarède n’est pas un livre mais un film, tourné en 1939, dont Fernandel est la vedette.

Je me précipite sur la fiche du film… où ne figure pas le nom de l’auteur du livre.

C’est à la énième occurrence que je finis par apprendre, enfin, que le film est tiré du roman éponyme publié en 1894 par Paul d'Ivoi et Henri Chabrillat, ( il fait partie des Voyages excentriques )

Au cinéma, de plus en plus souvent, il faut attendre longtemps pour voir apparaître ( très brièvement ) au générique de fin le titre et le nom de l’auteur du roman dont a été tiré le scénario. Oubli bizarre, à l’époque où doivent être obligatoirement inscrites la traçabilité et l’origine des produits !

Plus récemment, sur Antenne 2, a été annoncée la sortie d’un film 3D : La nuit des enfants rois. On a tout évoqué : les conditions du tournage, les trucages… on a même eu droit à une interview du réalisateur et de Mathieu Kassovitz, l’acteur qui double la voix du personnage principal. Tout sauf… le nom de l’auteur du roman, sorti en 1981 : Bernard Lenteric !

A sa place, je serais vexé et je vérifierais que mon nom figure, même en tout petit, au générique du film. Ah, zut ! Pas de risque : Bernard Lentéric est mort il y a deux ans.

Un ami, à qui je confiais mon indignation, m’a presque sermonné :

- Au moins, en France, l’éditeur qui vend les droits d’adaptation du roman peut exercer un droit moral sur l’utilisation du récit à l’image. Un droit qui n’existe pas dans bien d’autres pays ( comme les Etats-Unis ) où, une fois le roman « vendu » au producteur, ce dernier en devient quasiment le propriétaire. Et puis au moins, l’éditeur verse à l’auteur du roman la moitié des droits générés par cette vente. Parce qu’il existe une autre pratique moins honnête : un producteur lit un roman et veut en tirer un film ; il demande alors à un ( ou à plusieurs ) scénariste(s) de lire l’ouvrage et de s’en inspirer pour rédiger un scénario suffisamment différent du livre. Cela évite bien des tracas moraux et financiers. Et là, l’auteur du bouquin n’a même pas à protester puisque son nom ne figurera jamais au générique ! Il se trouvera simplement quelques spectateurs pour constater, s’il leur arrive de lire le roman : « tiens… pour écrire son roman, cet écrivain s’est sûrement inspiré du film ! »

Mes jeunes lecteurs ne me demandent-ils pas fréquemment : « Vous allez souvent au cinéma et vous regardez beaucoup la télé pour avoir des idées ? »

CG

Mercredi 22 juin 2011

Les invités - Pierre Assouline

Ce soir, les Du Vivier ( en deux mots ) reçoivent. Il n’y aura sûrement pas de fausse note grâce à Sonia, leur bonne, aussi efficace que discrète, et Othman ( compagnon de Sonia ), cuisinier que tous les amis des Du Vivier leur envient.

Le premier couac, c’est la défection tardive des Marchelier, qui oblige Sophie Du Vivier à refaire son plan de table. Le deuxième, c’est l’arrivée d’Hubert d’A. qui n’était pas invité – il s’apercevra un peu tard qu’il s’est trompé d’hôtes et d’étage !

Le troisième, c’est la constatation consternée de la plus discrète des convives, l’épouse de M. Le Châtelard : « Mais nous sommes treize à table ? ». Les Du Vivier tentent de prendre la chose à la légère, et comprennent que c’est très sérieux – que faire ?

L’invité principal, George Banon, ( dit Djorge, un industriel important avec lequel Thibaut du Vivier est en affaires ) a alors la fausse bonne idée de proposer que Sonia se mêle à eux. Il semble séduit par la jeunesse et le charme de cette servante ( publié en 2009, ce roman n’a rien à voir avec la récente affaire DSK ).

Ils sont donc 14, l’honneur est sauf ; et il faudra bien qu’Othman ( jaloux et contrarié ) quitte sa cuisine de temps en temps pour servir à table. Cela ne serait pas un couac ( car Sonia, d’une tenue exemplaire est la discrétion même ! ) si Marie-Do, la provocatrice de service, ne demandait à la bonne… si elle s’appelle vraiment Sonia.

Poussée à bout par des invités surpris par la culture de la nouvelle venue, la jeune femme leur apprend qu’elle s’appelle Oumelkheir ; française d’origine maghrébine, elle boucle à la Sorbonne une thèse de doctorat et « fait la bonne » pour… boucler ses fins de mois.

Ces révélations changent la donne. Car les invités rivalisent alors de maladresse en révélant leur arrogance, leur fatuité, et un racisme aussi naïf que maladroit « Ah, j’adooore le Maroc, Tanger, Mogador, Djerba (… ) Et… vous vous plaisez en France, Sonia ? »

Devenue bien malgré elle la vedette de la soirée, Sonia sera sans doute la seule à tirer son épingle du jeu. Parce que ce dîner ( de cons ? ) s’est révélé pour les uns une farce, et pour d’autres une vraie tragi-comédie !

Un dîner à Paris, affirme l’auteur ( ou Sonia ? ) est en soi une comédie française.

Un aveu : je suis un fan d’Assouline !

La faute en est au biographe ( il faut absolument lire son Simenon, son Gaston Gallimard et ce fabuleux thriller qu’est Daniel-Henry Kahnweiler, L’homme de l’art ), dont le style et l’efficacité le disputent au romancier. Cette peinture au vitriol d’une ( grande ? ) bourgeoisie contemporaine se déguste ligne après ligne, grâce à un style à la fois vachard et élégant, dont l’affectation apparente mais sournoise cache mille et un pièges.

Ce récit est d’autant plus subtil que Sonia semble en être la narratrice indirecte.

Quelques exemples : A entendre la logorrhée cultivée de Me Châtelard et à écouter les silences de son épouse, on comprenait vite qu’elle avait plusieurs fois divorcé de lui sans même qu’il s’en aperçoive ( p. 51 ) Ou encore : Elle avait des amis comme on a des meubles. ( p 55 ). Ou encore, évoquant la fatuité d’un beau parleur : Ce qu’il était parlait si fort qu’on n’entendait pas toujours ce qu’il disait. ( p. 101 ) – ou l’attitude de ceux qui ont si peu le goût des autres (…) qu’ils croient devenir sourds lorsqu’ils n’entendent plus parler d’eux. ( p 116 )

Assouline se révèle ici un La Bruyère moderne. Il croque page 51 le portrait d’une femme que n’aurait pas renié l’auteur des Caractères ; et il a sans en avoir l’air l’art de jeter des apophtegmes : N’importe quelle idée ne semble-t-elle pas personnelle dès qu’on ne se rappelle plus à qui l’on a empruntée ? ( p. 147 ) ou, évoquant les aveux d’un écrivain : écrire lui était devenu le seul moyen de parler sans être interrompu ( p. 150 – euh… je confirme ! )

Vous avez aimé L’élégance du hérisson ? Vous adorerez Les invités ! Et vous comprendrez que le titre du roman de Pierre Assouline peut se comprendre de bien des façons…

Lu dans la « collection blanche », qu’on ne présente plus. Un grand classique qui a fait ses preuves ! Sauf que depuis quelques années, la blanche s’offre une jaquette.

Comme quoi il n’y a pas que les enfants qui veulent des images !

Mercredi 15 juin 2011

Soleil Vert... c’est pour quand ?

Dans le cadre de l’opération « la science-fiction ne sert à rien » ( voir mon vieux billet d’humeur à ce titre ), on peut légitimement se poser cette question en apprenant que les farines animales vont sans doute être réutilisées pour nourrir les poissons d’élevage, la volaille et enfin l’élevage porcin.

Les plus jeunes d’entre vous se souviennent peut-être mal de la « crise de la vache folle », épidémie qui, en 1996, a provoqué 200 décès… et une jolie panique ! A l’origine : le prion de l'ESB ( encéphalopathie spongiforme bovine ) transmis à l’homme par le biais de bovins nourris avec des farines animales provenant de carcasses d’animaux morts – ces mêmes farines bon marché qu’on se propose de… remettre sur le marché pour des raisons climatiques - et, euh, financières ?

Et qui, parmi vous, se souvient du film ( 1973 ) Soleil Vert de Richard Fleisher, dont le scénario était tiré du roman éponyme ( 1966 ! ) de l’écrivain de SF Harry Harrisson ?

Le sujet ( du roman, donc du film ) ? En 2022, sur Une Terre exsangue et surpeuplée où la famine menace, la population survit grâce à un lobby de l’agroalimentaire et à son étrange aliment, le fameux « Soleil Vert ».

Le rapport avec les farines animales ?

Devinez ! Ou lisez le livre ( et à défaut hélas, procurez-vous le DVD du film ! )

Un indice : on utilise aujourd’hui des farines à base de déchets carnés pour fabriquer des aliments destinés aux animaux eux-mêmes destinés à être consommés par des humains.

Un soupçon : et si, demain, pour gagner du temps ( et de l’argent ), on faisait l’économie d’une partie de la chaîne ?

Question ultime : jusqu’où pourrait-on aller ? La réponse, Soleil Vert la donne.

Un autre écrivain, Romain Gary, en livrait une version SF ( mais si ! ) à la fois humoristique et cruelle dans son excellent roman ( méconnu ) Charge d’âme ( 1977, réédité en Folio en 1991 ), dans lequel un savant découvre qu’en mourant, un être humain dégage… une forme d’énergie récupérable. Et il en imagine des conséquences savoureuses !

Qu’on ne me dise pas : « on n’ira jamais jusque là ! »

Relisez plutôt Le meilleur des mondes ( 1932 ) ou 1984 ( 1948 ). Et vous constaterez que sur le plan de la génétique, de la novlangue, de Big Brother et des caméras vidéo de surveillance, la réalité a rejoint la fiction sans que la population s’en émeuve !

A terme, ce problème des farines animales repose le problème de la consommation de viande.

Dès les années 70, dans mes débats avec de jeunes lecteurs, j’affirmais que dans moins d’un siècle, la consommation de viande sur Terre serait sinon interdite ( pour des raisons d’économie, de santé et d’éthique ), du moins plus du tout tendance – à l’image de ce qui se passera d’ailleurs pour… la cigarette.

Attention : ce discours n’est pas militant. En effet, je mange de la viande ; et au village, notre ( excellent ) boucher est un ami !

Mais nos goûts sont une chose et l’avenir de la planète ( et de ses habitants ) une autre.

D’ailleurs, pour ralentir sa propre consommation de viande, il suffit de voir l’un de ces reportages dénonçant l’élevage intensif ( de bovins en Argentine, de porcs et de poulets plus près de chez nous… ) et les conditions stupéfiantes dans lesquelles les animaux sont transportés et abattus.

Ah… c’est l’heure du déjeuner. Bon appétit !

CG

Mercredi 08 juin 2011

Tomber sept fois, se relever huit - Philippe Labro

Un Français sur cinq a été, est ou sera touché par une dépression nerveuse. Un phénomène assez courant pour qu’on y consacre un livre, Non ?

Eh bien c’est Philippe Labro s’y colle, dans un récit autobiographique sincère et percutant.

Sans pudeur ni excès, il livre au lecteur les faits bruts : l’inexplicable, l’irrésistible chute de celui qui, peu d’années auparavant, a pourtant frôlé la mort ( lire La Traversée ) et se juge un miraculé. Un état de doute de soi, d’inertie et d’inappétence à tout que constatent l’entourage et la famille avant que le principal intéressé ne finisse par l’admettre, et se résolve enfin à consulter. Pas si évident, car il peut arriver qu’un déprimé tombe obscurément amoureux de sa brisure (…) Le symptôme même de la dépression vous déprime (…) La dépression se nourrit de sa propre nuisance ( p. 99 ).

Psys, médicaments, traitements divers, échecs apparents, hospitalisation, tentatives diverses et ratées pour émerger. Puis lente remontée à la surface... inexplicable, elle aussi ?

Peut-être pas.

Philippe Labro explore quelques pistes, notamment celle d’une réussite exemplaire suivie de la peur de l’échec. Il évoque Nietzsche qui a écrit : Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme te regarde aussi. Il relate aussi de vieilles chutes ( au cours de l’enfance, de l’adolescence, un ou deux examens ratés ) dont il s’est tant bien que mal relevé.

Ainsi, va-t-on peut-être ricaner, Grenier lit non seulement Pancol mais aussi Labro ?

Mais oui. Et j’assume ! Ce récit m’a touché.

Peut-être parce que la dépression menace les créateurs plus que d’autres. Si je n’ai fait que la côtoyer, nombre d’amis et de collègues l’ont connue, en sont sortis ( on ne peut pas dire « l’ont vaincue » ) ; d’autres ont plongé, se suicidant d’une manière ou d’une autre.

Au-delà de son sujet douloureux et passionnant, cet ouvrage a la qualité dont bénéficient tous les ouvrages de l’auteur : il se fit facilement, et d’une traite. J’ajoute qu’il semble exemplaire - j’entends par là : qu’il peut servir d’exemple. Attention : je n’ai pas dit qu’il peut servir de thérapie ! On connaît la célèbre histoire ( drôle ? ) du client qui sort radieux de chez son psy et rencontre un ami qui lui demande :

  • Alors ? Tu es guéri ?

  • Non. Mais maintenant, je sais pourquoi je suis malade !

Labro ne livre aucun mode d’emploi.

Il nous propose son cas, il en examine les racines et en tire des leçons : il faut admettre son état, parler et être bien entouré. Quand on le peut.

Pour ma part, j’ai lu ce récit sans jamais sourire. Avec un profond sentiment de sympathie et de compassion, peut-être parce que l’attention aux autres, dit Labro p. 223, est une vertu non seulement chrétienne, mais universelle. Une vertu que le déprimé a perdue puisqu’il est souvent, d’une certaine façon, amoureux de sa propre dépression. ( p. 177 ).

Une maladie qui, dépassée, rend modeste, comme le rappelle Léon Bloy qui a écrit : Quand une personne qui se croit importante se présente devant vous, demandez-lui d’abord où est sa douleur.

Comment va la douleur ? Le titre d’un ( excellent ) roman de mon regretté camarade Pascal Garnier.

Albin Michel a aussi sa collection « blanche ». Plus modeste qu’un grand format, plus luxueuse qu’un Poche. Un beau livre broché au magnifique papier bouffant.


Vendredi 03 juin 2011

Les nouvelles chroniques d'un médecin légiste, Michel Sapanet

Michel Sapanet ? « Sa vie, c’est la mort » !

Au moyen d’une trentaine d’affaires, notre médecin légiste préféré nous livre une série de véritables enquêtes, énigmes tour à tour cocasses, morbides, stupéfiantes, érotiques ( mais si ! )… et toujours étonnantes. Oui : il s’agit là, relatées à la première personne, d’autant de nouvelles policières qui, le plus souvent, se présentent sous la forme d’un cadavre qu’il faut faire parler. La victime a-t-elle été assassinée ? S’est-elle suicidée ? Est-ce un accident ?

Qu’il s’agisse d’un banal règlement de comptes entre manouches, d’un sac d’os suspects découvert par des douaniers, d’un ballon improvisé déniché par des enfants dans une butte ( en réalité un crâne…percé d’un trou de 9 mm ! ), d’un jumeau disparu, d’une overdose, de plusieurs suicides qui ressemblent fort à des homicides ( ou l’inverse ! ), ou de l’identification parfois délicate d’accidentés ( un époux finit par reconnaître sa femme grâce à son pied droit ! ), Michel Sapanet n’a pas son pareil pour maintenir le lecteur en haleine.

Macabre, tout ça ?

Jamais !

C’est toujours enlevé, drôle, plein de fantaisie et… de vie ( mais si, mais si ) !

Michel Sapanet nous plonge d’ailleurs dans son quotidien avec une bonne humeur communicative : « J’aime faire la cuisine, nous confie-t-il. J’ai certes quelques facilités pour la découpe de la viande froide. » Avec une verve communicative et un humour permanent, il nous fait partager ses rêves, ses parties de chasses, ses débats sur le terrain avec ses subordonnés et collègues ( il est expert judiciaire et maître de conférence des universités ), mais aussi ses marottes et ses doutes permanents. Il a en effet deux habitudes :

1/ flâner sur les lieux de la découverte d’un cadavre avant même de s’intéresser au corps et…

2/ ne jamais se fier aux apparences !

Avec un additif fort bienvenu, ses Nouvelles chroniques sont un viatique indispensable pour l’amateur de romans policiers, mais aussi un ouvrage passionnant, distrayant et… pédagogique !

Vous avez aimé les Chroniques d’un médecin légiste ?

Vous adorerez ces Nouvelles chroniques ! Jamais on n’aurait imaginé qu’il y eût autant de cadavres suspects dans la région de Poitiers ( Michel Sapanet y dirige l’unité de médecine légale du CHU ) et, euh… on en viendrait presque à souhaiter qu’il y en ait davantage dans les années à venir pour que notre légiste ait encore plein d’affaires de ce genre à nous raconter !

Lu dans le joli grand format ( belle image de couv, très provocatrice ! ) de cet éditeur marginal dont la production mériterait d’être mieux connue ( Jean-Claude Gawsewitch ).

CG

Petit communiqué des organisateurs de la Convention de Science-Fiction Semoy 2012



L'association Elbakin.net nous a sollicités pour que la 39ème Convention de SF (Semoy2012) accueille la 2ème Convention de Fantasy.

Nous allons donc reconduire l'expérience sur le modèle de ce qui a été réalisé à Grenoble en 2010, en faisant notre possible pour améliorer la formule.

Patrick
Secrétaire des Orléonautes, organisateurs de la 39ème Convention nationale française de Science-Fiction Semoy2012
http://www.lesorleonautes.fr/semoy2012
( le nouveau site va ouvrir bientôt ... )





PS :
Nous avons deux nouveaux invités, tous deux orléanais !

Le peintre et illustrateur Thierry Cardinet :
  http://thierrycardinet.voila.net
  http://cardinet.over-blog.com/
  http://www.art-et-fact.com/blog/artists/thierry-cardinet/

L'auteur Franck Ferric :
  http://www.blackflag.fr/

Et vous pouvez jeter un oeil au nouveau flyer ici

Mardi 31 mai 2011

Les éditeurs ne répondent pas ...


     Les éditeurs de répondent pas aux auteurs inconnus qui leur adressent un manuscrit...
     Pourquoi ?

     Contrairement aux bruits qui courent, les jeunes lisent ( sur écran, certes... et ils zappent ! ) et ils écrivent de plus en plus !
     Comme beaucoup d’écrivains, je reçois de nombreux mails d’auteurs ( jeunes ou moins jeunes ) qui sollicitent mon aide et me demandent :

     — de lire leur récit joint ( je ne le ferai pas... d’abord par manque de temps ; ensuite parce que je ne me juge plus compétent ; enfin pour ne pas prendre le risque d’être accusé plus tard de leur avoir piqué une idée – si, si, ça m’est arrivé ! ! )
     — de leur confier l’adresse de plusieurs éditeurs ( ces adresses sont toutes trouvables sur Internet ! Il faut faire l’effort d’inscrire éditeurs adresses sur Google... et de cliquer en suivant pas à pas les mentions qui s’inscrivent ! )
     — pourquoi l’éditeur à qui ils ont envoyé leur récit ne leur répond pas.

     Je crois pouvoir livrer quelques éléments de réponse à cette question !

     1/ Vous avez envoyé votre texte par mail en document joint.
     Ne vous étonnez pas : le plus souvent, le fichier ne sera pas ouvert. Les raisons en sont multiples : on redoute que le fichier ne contienne un virus, les envois de ce genre sont nombreux et pas toujours très sérieux, etc.

     2/ Vous avez envoyé un vrai manuscrit papier chez l’éditeur...
     Il se peut alors que...
     — vous vous soyez trompé d’éditeur !
     Celui auquel vous avez envoyé votre texte ne publie pas ce genre de récits. Avant de choisir un éditeur, vérifiez que ce dernier a déjà publié des récits pour la tranche d’âge concernée, ou dans le même genre ( fantastique, SF, policier, conte, etc. )

     — dès la première page, dès les premières lignes, la personne chargée de « défricher » les envois ( certains éditeurs reçoivent des dizaines de manuscrits chaque jour ! ) comprenne que le récit en question ne concerne aucune collection de la maison. Ou qu’elle juge le style maladroit, l’imaginaire pauvre et devine ainsi ( ou croit savoir ? mais c’est ainsi ! ) qu’il est inutile d’aller plus loin dans la lecture.
     Elle le feuillettera pour en avoir la confirmation et votre envoi ne franchira pas la première barre d’obstacles.

     — votre récit soit « retenu pour lecture ». C'est-à-dire que le « défricheur » l’a lu et a jugé qu’il pouvait peut-être être publié. Le texte sera alors le plus souvent photocopié en trois ou quatre exemplaires et envoyé à des « lecteurs » : des gens de la maison ou des personnes extérieures qui sont payées pour lire des manuscrits et livrer leur avis. Si l’ensemble des avis est positif, le responsable de la collection prendra alors contact avec vous pour vous informer... et vous demander souvent, avant la signature de tout contrat, de modifier ou d’améliorer votre texte.

     — votre récit soit finalement rejeté, pour de multiples raisons : il est trop compliqué, il souffre de faiblesses jugées trop graves pour que des modifications ou améliorations soient demandées... mais ces fameuses raisons, il ne vous les livrera pas !

     POURQUOI ?
     Là encore, les facteurs sont multiples !

     1/ Il n’a pas de temps à perdre.

     2/ S’il prenait le risque de vous livrer les raisons de son refus...
     — vous pourriez vous vexer. Et la prochaine fois que vous écrirez un récit... vous l’enverrez à un autre éditeur, ça, c’est sûr !
     — vous pourriez améliorer votre texte en fonction de ses judicieux conseils – mais en cas de nouveau refus de sa part, vous pourriez... soit vous fâcher car finalement, vous pensiez aboutir et vous avez retravaillé votre récit pour rien ( voir ci-dessus ), soit l’envoyer à UN AUTRE EDITEUR ( concurrent, forcément ) qui, du coup, bénéficiera des conseils que le précédent éditeur a pris le temps de vous donner !

     Dernière réponse à une question que me posent de nombreux auteurs débutants :
     Je n’ai pas reçu de réponse... pourquoi ?
     Là encore, les raisons sont diverses !

     1/ L’éditeur est si débordé qu’il a remis à plus tard la lecture du texte de cet auteur inconnu

     2/ L’éditeur reçoit tant de manuscrits qu’il ne les renvoie plus à leurs auteurs ( c’est de plus en plus fréquent, et d’ailleurs précisé sur le site de l’éditeur )

     3/ L’éditeur ne renvoie par la Poste le manuscrit refusé que si l’auteur a pris la précaution d’ajouter à son envoi une enveloppe correctement timbrée pour le retour.

     4/ L’éditeur a indiqué sur son site ( ou a eu la gentillesse de vous répondre ) que si l’auteur n’est pas venu récupérer son manuscrit dans les locaux de l’éditeur avant un, deux ou trois mois, celui-ci sera automatiquement détruit.

     Ouf !
     Si ce petit billet ne donne aucune piste aux auteurs débutants pour être publiés, au moins leur permettra-t-il de les aider à aborder plus lucidement les labyrinthes de l’Edition !
C.G.

Mardi 17 mai 2011

Le nucléaire… la bonne solution ?


     Trois jours après l’accident de Fukushima, un débat opposa les partisans de « sortir du nucléaire » à Claude Allègre qui jugea fort malvenu d’envisager un tel débat « à chaud ».
     Deux mois après Fukushima, est-il encore trop tôt ?
fukushima
     Vingt-cinq ans après Tchernobyl ( 1986 ) et trente-deux ans après Three Mile Island ( 1979 ), peut-on enfin reposer la question ?
     Ou bien faut-il attendre 5 000 ans, durée de la dangerosité de la zone de Tchernobyl, ou encore 24 000 ans, délai après lequel le plutonium ( qui sort de nos 59 centrales ) perd... la moitié de sa radioactivité ?
     Au début des années 70, la France jugeait que le nucléaire était la solution à la fois propre ( qui nous libérait du pétrole on n’a pas d’pétrole mais on a des idées, vous vous souvenez ? ) et économique !

     Aujourd’hui, on découvre que les centrales offrent des inconvénients inédits – qui se souvient de l’inondation de la centrale du Blayais, jugulée à temps ? Tremblements de terre, terrorisme, on a tout prévu sauf... l’imprévu, justement !
     De plus, on ne sait toujours pas où enfouir de façon durable et fiable les déchets à longue durée de vie... les inconditionnels du nucléaire sont les premiers à dire : « s’il vous plaît, pas chez nous ! »
     Bah, nos descendants trouveront bien une solution !
     Sauf qu’avec les dangers que l’humanité cumule (zut, c’est vrai, il y a aussi le changement climatique ! ), elle risque de ne plus avoir de descendants, ce qui règlerait la question.

     Reste, pour le nucléaire, l’argument du : « c’est bon marché » !
     Un argument qui s’effrite peu à peu. Parce qu’une centrale vieillit. Il faut l’entretenir, la sécuriser. Sans parler, en cas d’accident, des sarcophages successifs dont elles doivent être recouvertes sans qu’on sache vraiment ce qui se passe au-dessous et combien de temps le dit sarcophage va durer. Pas grave : ce sont Bouygues, Vinci et Areva qui s’en occupent et ça crée des emplois. Sauf qu’au bout de la chaîne, c’est le consommateur qui paie les factures.

     A long terme, les ( coûteuses ) énergies renouvelables risquent de devenir compétitives. Et puis jusqu’à présent, les accidents d’éoliennes et de capteurs solaires sont assez rares...
     En théorie, une maigre portion du Sahara aménagée en capteurs solaires suffirait à alimenter en énergie... la planète ! Tiens, et si on passait à la pratique ?
     Un jeune chercheur a mis au point un groupe électrogène... solaire ! Il fonctionne. Une aubaine pour les pays africains ? Eh bien non, parce qu’il en est de ce genre d’inventions comme des médicaments pour les maladies rares : les fabriquer ne rapporterait rien !

     Pour l’Etat, les énergies renouvelables sont peu rentables. Et puis elles pourraient libérer les particuliers des énergies qu’il contrôle... lui ou des groupes comme Total.
     Une hausse de 15 centimes d’euro du prix du carburant à la pompe rapporte 1,5 milliards d’euros à l’Etat ( pour Total, on connaît le chiffre de ses bénéfices en 2011 ! )

     Notre société de marché a un objectif avoué : non plus améliorer le confort mais créer de nouveaux besoins, qui exigent de plus en plus d’énergie.
     Un exemple ? La voiture hybride. Prenons la Lexus RX 450H. Elle est en vente : 78 000 euros – mais si, vous avez bien lu !
     Ses performances ? 6,3 litres aux 100km en consommation mixte. Et 148 g/km de CO2.
     A qui profite l’hybride ?
     A la planète ? Pas vraiment.

     Là comme ailleurs, peut-être serait-il temps de remettre les pendules à l’heure : nous préparer à gérer la fin des centrales – un héritage déjà très lourd – et à privilégier d’autres modes d’énergies. A vivre en refusant la fuite en avant d’une consommation qui ne fait grossir que les plus nantis. Parce que si certains pays regorgent d’accessoire, d’autres manquent de plus en plus de l’essentiel.
     Ne serait-ce que l’eau potable.
C.G.

Lundi 02 mai 2011

Ben Laden est mort !


     BEN LADEN EST MORT !
     et... on a retrouvé l’une des boîtes noires de l’Airbus Rio-Paris qui s’est crashé en mer le 2 juin 2009 !

     Ces infos du 2 mai n’ont en apparence aucun rapport l’une avec l’autre.
     La mort de Ben Laden fait la Une. La liesse est de mise et certains ministres français parlent d’une « victoire de la démocratie ».
     Soyons clairs : je n’ai pas pleuré à l’annonce de la mort de Ben Laden.
     Mais les rassemblements festifs et les cris de victoire des pays occidentaux me surprennent et m’interpellent... peut-être parce qu’ils ressemblent bigrement à ceux des intégristes célébrant les victimes des attentats qu’ils provoquent. Euphorie d’autant plus étonnante qu’elle émane souvent de pays catholiques (les USA ont placé Dieu dans leur constitution et sur les dollars ) dont le dogme ( et les prêcheurs ! ) prônent plutôt le pardon.

     Pardonner à Ben Laden et à Al-Qaida ? Difficile, je l’admets !
     Mais si les Etats-Unis avaient de la mémoire, ils se souviendraient que Ben Laden est un peu leur enfant : il y a 35 ans, à l’époque où l’URSS et le communisme constituaient une menace pour les pays de la libre entreprise... qui a soutenu, qui a armé les talibans et les islamistes fanatiques susceptibles de repousser le pouvoir soviétique ?
     Les Etats-Unis.
     Célébrer une victoire parce qu’un chef a été abattu me semble prématuré. Une vengeance ( qu’on peut juger légitime) a peut-être été effectuée — mais qui peut dire « justice est faite » ?
     De même, évoquer une « victoire de la démocratie » commence à m’inquiéter...
     Si la démocratie envisage de bombarder tous ceux qui ne prônent pas la démocratie, la méthode me rappelle celle des fanatiques religieux de l’autre bord !

     La vraie « victoire de la démocratie », pour Ben Laden, aurait été de le capturer, de le juger et de le condamner. Oui, j’aurais été très curieux d’entendre l’avocat de Ben Laden s’expliquer sur les motifs et justifications des attentats qu’il a commandités ( sans doute parce qu’ils sont justement injustifiables ! )
     L’éliminer d’une bombe est une liquidation à la fois rapide, expéditive mais trompeuse. Parce que la mort de Ben Laden ne supprime pas Al-Qaida ; elle ne résout en rien les problèmes du terrorisme en général, et du terrorisme des fanatiques islamistes en particulier.
     La mort de Ben Laden ne fera pas revivre les victimes des attentats – elle pourrait même, à terme, en provoquer d’autres, par représailles... un cercle vicieux bien connu !

     L’une des boîtes noires du Rio-Paris a été retrouvée. Son examen ne fera pas revivre les 228 victimes de l’accident. Mais il permettra peut-être d’éviter d’autres crashs, donc d’autres centaines de morts. C’est moins spectaculaire et bien différent.

     Etre parvenu à tuer Ben Laden me fait penser à ces uchronies dans lesquelles l’auteur imagine qu’Hitler a été tué dans son berceau par un inconnu venu du futur.
     Si Hitler n’avait pas existé, le nazisme serait sans doute né. D’autres hommes providentiels seraient apparus. La vengeance contre la défaite allemande de 14/18 aurait été prônée par d’autres théoriciens. A cause des conditions du traité de Versailles, de l’humiliation de l’Allemagne, de la nécessité de trouver un adversaire de poids à l’ennemi de l’est ( Staline ), et de l’antisémitisme rampant qui, hélas, débordait largement des frontières de l’Allemagne !
     Aussi, au-delà de la vengeance et de la disparition de l’ancien responsable d’Al Qaida, la mesure la plus salutaire consisterait sans doute à s’interroger sur les motifs de la montée du fanatisme – de tous les fanatismes. Le mode de vie, de consommation et de pensée de nos sociétés occidentales déçoit une partie du monde. Et si l’ont tentait d’étudier de plus près les ferments du renouveau des intégrismes ? De comprendre les motifs de la haine, de la rancœur ou de la simple désespérance d’une partie de la planète, de plus en plus tentée par les aspects les plus destructeurs du mysticisme et de la foi ?
     Alors, grâce à cette analyse, peut-être lutterait-on plus efficacement contre les successeurs de Ben Laden. Car, je le crains, il y en aura.

     Le rapport entre ces deux informations ?
     Tuer Ben Laden : spectaculaire mais peu utile... voire contre-productif !
     Retrouver les boîtes noires : dérisoire en apparence... mais là au moins, on cherche les causes de l’accident. Et des solutions pour y remédier.
     Si on appliquait la même méthode pour le terrorisme ?
C.G.

Jeudi 21 avril 2011

La prime à la caisse

De la casse à la caisse, il n’y a qu’un pas, franchi grâce à une loi.

Fin 2010, les garagistes se frottaient les mains : les commandes de voitures neuves ont été trois fois plus nombreuses que prévu. Un concessionnaire ( vu à la télé ) a cependant eu un geste désespéré vers le parc de voitures d’occasion rempli à ras bord.

- Dommage, a-t-il déploré. Certaines sont encore en excellent état. Mais elles vont être détruites, il y en a tant qu’on ne sait plus quoi en faire.

Réjouissons-nous : la consommation repart !

L’état a déboursé des milliards pour cette prime à la casse, milliards fournis par le contribuable ordinaire. Milliards qui ont sans doute permis de sauver une partie de l’industrie et des emplois, mais milliards également engrangés par l’industrie automobile – et aussi par les trusts pétroliers, puisque les voitures ainsi vendues fonctionnent toujours ( à 99,7% ) avec du pétrole.

On me dira qu’elles consomment un peu moins.

Vraiment ?

La mienne, bien entretenue, a 14 ans et 300 000 kilomètres ; elle consomme toujours ses 5,5 aux cent. Au dernier contrôle technique, son taux de pollution était de 130g – certains véhicules neufs font beaucoup plus !

Serais-je un mauvais citoyen ?

Je ne crois pas. Je pense au gigantesque gâchis de ces dizaines de milliers de véhicules qu’on va détruire davantage au profit de la consommation qu’à celle d’une maigre économie de carburant. Ainsi, ce n’est pas la planète qu’on cherche à sauver, puisqu’on fait perdurer le pétrole, mais l’économie de marché. On est prié de consommer !

Le bon investissement, pour le futur, serait celui de la recherche de nouveaux modes de déplacement et de carburant. Ils existent. Certains sont déjà très au point, du moteur à eau ( qui fait gagner 90% de CO 2 ! ) à celui à air comprimé. Il semblerait que les trusts pétroliers ne soient pas tout à fait d’accord…

La grande question est : l’écologie ( et à terme la survie de la planète ) est-elle compatible avec l’économie de marché ? Nicolas Hulot a enfin répondu non. D’autres l’avaient constaté bien avant lui.

Aujourd’hui, tout est vert ! De l’enseigne des Mac Do aux produits de beauté en passant par AREVA qui nous inonde à la télé de paysages champêtres… Bientôt, on nous convaincra qu’il y a du carbone bio. Parce que pour maintenir le système, il faut concilier une production sans cesse en hausse avec des exigences d’économie d’énergie. Du moins en théorie.

Je suggère une prochaine mesure qui concernerait l’habitat : puisque les maisons anciennes sont mal isolées, on pourrait, afin de relancer l’industrie du bâtiment, imiter l’opération qui a si bien réussi dans l’automobile : inciter les propriétaire à détruire les maisons qui ont… disons plus de cent ans ( une mesure qui ne toucherait pas, enfin pas encore, les monuments historiques ) ?

Ou celles qui ont été construites avant 1945 ?

A moins, comme on disait autrefois, qu’une bonne guerre relance l’économie…

CG

Lundi 11 avril 2011

J'aurais voulu être un type bien, Marc Villard

A l’aide de récits ( parfois très ) courts, Marc Villard évoque des moments particuliers, singuliers et forts de sa vie. Ainsi, par petites touches, et dans un faux désordre, on découvre l’enfance et l’adolescence d’un homme que la vie n’a pas épargné – un écrivain saisi très tôt par la vocation qui détestait les maths, aime la musique et adore le cinéma ( il a été scénariste, notamment pour Cyril Collard ). Ce sont là des moments parfois en apparence banals, mais que le ton caustique, acerbe, désabusé et détaché rend souvent forts, très forts. Il arrive aussi à l’auteur de fantasmer, et filer loin, très loin la métaphore de l’imaginaire… avant de retomber rudement sur ses pieds. Ah, il faut lire La cellulose, récit épique d’une vente-signature inoubliable ; ou encore Sur la main, qui relate une rencontre scolaire ( Marc Villard écrit aussi pour la jeunesse ) en compagnie de Joseph Périgot, son complice.

Savoir parler de soi est un art que je ne connaissais pas à Marc - il fait partie de mes complices polardeux – lui qui d’ordinaire brille surtout au firmament du Policier, « avec cette vivacité, cette acidité qui caractérise celui dont on a dit qu’il maniait la plus belle plume du roman noir français ».

Beau papier bouffant et format original, proche du Poche, pour cette bien jolie collection de l’Atalante

Jeudi 07 avril 2011

Deux écrivains face à la justice

Le premier, Aurélie Boullet, est une jeune fonctionnaire qui a commis l’erreur d’écrire ( sous pseudonyme ! ) un pamphlet ( Absolument dé-bor-dée ! chez Albin Michel ) dénonçant les pratiques et abus de son service. Assignée en justice par sa hiérarchie, passée en conseil de discipline pour manquement à son devoir de réserve ( ? ), elle a été condamnée à quatre mois de suspension d’activité. Que lui reproche-t-on ? D’avoir révélé certaines vérités pas bonnes à dire ! Son avenir professionnel semble plutôt compromis.

Que les policiers, gendarmes, ou hauts fonctionnaires aient un « droit de réserve », passe encore. Mais qu’une fonctionnaire soit condamnée pour avoir publié un livre… cela pourrait faire rire au pays des droits de l’Homme qui lutte pour la liberté d’expression en Chine ou en Corée du Nord ! Je l’avoue : je n’ai pas lu cet ouvrage signé Zoé Shepard ; d’ailleurs, il se peut que son contenu me révolte. Mais je me déclare solidaire de son auteur !

Le deuxième écrivain est Alain Vircondelet, l’auteur de l’ouvrage Séraphine ( biographie de Séraphine Louis ). Il a déposé une plainte pour contrefaçon auprès des producteurs du film Séraphine, y dénonçant des emprunts à son ouvrage. Sa plainte a abouti, et les producteurs ( ainsi que le réalisateur, Martin Provost ) s’en étonnent et protestent : « Si quelqu’un réalise un film sur Victor Hugo, devra-t-il acheter les droits de tous ses biographes ? »

A première vue, cet argument semble pertinent. A mes yeux, il est totalement faux.

Le réalisateur a avoué avoir lu le livre… et « s’en être nourri » ( ainsi que des deux autres biographies de Séraphine Louis )

Le premier problème, c’est que Martin Provost n’aurait sans doute jamais réalisé le film Séraphine s’il n’avait pas lu l’ouvrage de Vircondelet. De toute évidence, le film reprend d’ailleurs certaines scènes imaginées par l’auteur du livre. Les producteurs auraient donc dû demander le droit d’utiliser certaines scènes évoquées par l’ouvrage. Ce qui supposait un contrat, un accord… et un petit pourcentage sur les entrées.

Visiblement, l’auteur du livre Séraphine n’a rien eu. Certes, les sept César du film et ses 850 000 entrées ont provoqué par ricochet la réédition de son récit ( en clair, 3 ou 4 000 exemplaires, soit 3 ou 4 000 euros pour l’auteur )

Le second problème, c’est que réaliser un film sur Séraphine Louis n’a rien à voir avec un film sur Victor Hugo. Séraphine était une inconnue ; Hugo est un personnage célèbre, comme Napoléon ou De Gaulle.

C’est donc une biographie qui a fait connaître Séraphine à un réalisateur ( dont le talent a été de réaliser un excellent film ).

Je vis ce petit conflit à la lumière d’une de mes futures publications chez Bayard : Pour l’amour de Vanille, biographie romancée d’Edmond Albius.

Edmond Albius, ça vous dit quelque chose ? Non ?

C’est le jeune esclave noir de 13 ans qui a découvert le secret de la reproduction de la vanille en 1836, sur l’île de La Réunion.

Eh bien imaginons qu’en 2015, un réalisateur sorte un film sur Edmond Albius. Et qu’on retrouve dans ce film des scènes entières empruntées à mon ouvrage. Imaginons que ce réalisateur avoue qu’il a lu mon récit, mais qu’il ait négligé de prévenir l’éditeur.

Ce dernier ne serait pas content.

Moi non plus.

Et si le film était un succès, j’imagine mon dépit. Pour des raisons financières ? Certes, mais aussi parce que la bonne idée de sortir Edmond Albius de l’ombre passerait désormais pour être celle du réalisateur, et non la mienne.

J’ajoute que je ferais une drôle de tête si, rencontrant plus tard les lecteurs de mon ouvrage, ces derniers me demanderaient sûrement :

C’est en allant voir le film que vous avez eu envie d’écrire le livre ?

[ voir Alain Vircondelet plagié par Séraphine ]

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